revue de presse

Seydina Insa Wade est une des légendes de la scène musicale sénégalaise et internationale.

Chanteur et instrumentiste dans le célèbre groupe XALAM de Dakar, il a signé la musique de plusieurs films.

Artiste engagé, il intervient avec Hélène Billard (avec qui il a formé un duo guitare/violoncelle) pendant le spectacle de Nicolas LAMBERT, Elf la pompe Afrique, pièce de théatre au vitriol d'une causticité documentaire inégalée sur le système de détournements de biens publics au sein de la société ELF AQUITAINE (actuelle TOTAL FINA) tels que révélés par un retentInsant procès et des articles, publications diverses.

Seydina Insa Wade est aussi conteur. Une thèse de doctorat a été rédigée autour de son oeuvre.

Source : LES MUSICIENS DU BEAT AFRICAIN - LES COMPACTS Edité par Bordas 1993


Le folk singer de « Yoff »
Il a imposé un genre nouveau au Sénégal, le folk, et a émaillé ses textes de références layènes, une confrérie musulmane du Sénégal.
Seydina Insa Wade étudie très jeune le Coran et l'arabe à l'école de son père, un marabout saaba (serviteur du Prophète Mohamed).

Le folk
Ébéniste, il fabrique à l'âge de seize ans sa première guitare, passant outre la désapprobation paternelle et devient, en 1964, le contrebassiste de « Rio Sextet » une formation de quartier. II participe, en 1966, au festival des Arts de Dakar, imposant un style nouveau et controversé, le folk, chanté en wolof. Devenu guitariste du « Negro Star » de Pape Seck, il fait sa première tournée sénégalaise. En 1969, il intègre « Tropical Jazz », puis joue avec « Xalam 1 », deux groupes marqués par les musiques cubaines et noires américaines (cha-cha, rumba, rythm'n blues).

Le « Sahel »
Musicien professionnel, il est engagé par le « Sahel », un groupe très populaire dans les années 1970. Sidi (son surnom) décide d'entamer une carrière solo : équipé de sa guitare et de sa voix, il impose son genre musical dans les clubs de Dakar. Il s'embarque en 1974 pour Paris et sort un 45 tours, «Tablo Ferraye», extrait de la musique du film Xew Xew, de Cheikh Ngaïdo Bâ, auquel, par ailleurs, il participe en qualité d'acteur.
Dans son premier 30 cm mbalax folk, « Gorgui » (1977),
il se fait accompagner par IdrInsa Diop (percussions) et Oumar Sow (guitare, basse, synthé). Un an plus tard, au festival « Africa Fête », il fait entendre son folk construit sur des instruments à cordes, soutenu par le mbalax et s'appuyant sur des chants tirés des rites et musiques populaires. Ses textes reflètent ses joies mais également ses douleurs : son titre « Afrik » évoque la mort mystérieuse, dans la prison de Gorée, du contestataire Oumar Diop Blondin et la révolte des femmes lébu auxquelles la Seconde Guerre mondiale est venue faucher les maris.

« Tabala » & « Xalam »
De retour à Dakar, Sidi fonde avec IdrInsa Diop et Oumar Sow le trio acoustique « Tabala », mais le public reste rétif à son style. II réalise, en 1985, « Yoff », un album associant la tradition wolof très roots et la poésie aux sons des instruments modernes. Trois ans plus tard, il devient chanteur-guitariste de « Xalam », à Paris.

Folk et classique
Amateur de musique classique européenne, Sidi contacte, en 1990, la violoncelliste Hélène Billard.Naît alors une fusion totalement novatrice où dominent la ligne mélodique et l'aspect lyrique

Source : Le Soleil de Dakar - 1997

Le Troubadour du Folk
Au festival de jazz de St-Louis où il était venu en spectateur, nous avions eu une longue discussion informelle dans le patio de l'hôtel où il était descendu. Nous avions été impressionnés par son pur accent lébou. Contrairement à ces Africains, qui succombent, parfois par snobisme, au titi parisien, Seydina Insa Wade refuse presque de s'exprimer en français. «Je ne suis pas du tout coupé de mes racines et, vous allez voir, cela
va se refléter dans mon prochain C.D. Je crois que seul les personnes qui n ont pas réellement de repères peuvent perdre leurs racines», explique-t-il en réajustant le feutre qui lui cache une partie du visage.

Pérégrinations musicales
L'histoire de sa vie est intimement liée à celle de la musique sénégalaise. On dirait même qu'il est né une guitare sous le bras. Sa carrière a débuté très tôt dans le quartier dakarois de la Gueule Tapée dans les années 60. «C'était dans l'orchestre Rio Sextet», se souvient-il en fouillant dans les recoins de sa mémoire. Un effort qui le fait cligner des yeux. Par hasard, il énumère des noms comme Moussa Kane, Charly Ndiaye, Ablaye Mboup, ceux-là même qui formèrent plus tard le mythique orchestre du « Baobab-, des années 70. Quelques temps après, Seydina Insa Wade intégra le Tropical Jazz de Mady Konaté puis le Xalam 1 où il joua aux côtés de Maguèye Niang (frère du défunt Prosper, ex-batteur du Xalam 2) et de Tidiane Thiam. On était dans l'euphorie des années 70 marquées par la contestation estudiantine et l'effervescence culturelle encore vivace au Sénégal qui avait abrité quatre ans auparavant le Festival mondial des Arts nègres en 1966. '
De toutes ses pérégrinations musicales, Seydina IsInsasa Wade garde de bons souvenirs. Et beaucoup d'expériences. «La musique a beaucoup évolué mais moi, je reste toujours fidèle à ma guitare acoustique», nous confie-t-il en écarquillant ses yeux malicieux. Bon nombre de musiciens de sa génération vivent comme lui en France. II les rencontre souvent, comme par exemple Idy Diop, l'ancien chanteur du Sahel avec qui il échange parfois des expériences.
Après la mort de Prosper Niang, le 29 avril 1988, et à la suite du départ du chanteur Souleymane Faye et du guitariste Cheikh Tidiàne Tall du Xalam, les autres ont fait appel à lui. On réécoute encore avec plaisir l'émouvante chanson dans laquelle lui et Brahms Koundoul rendent hommage au batteur disparu. «J'ai lait six ans avec le Xalam. Nous avons sorti ensemble deux CD. Mais après, j'ai préféré me retirer pour me reposer un peu. Peut-être qu'un jour je réintégrerai le groupe», nous confie-t-il, sans conviction.
Les mutations que connaït actuellement la musique sénégalaise, Seydina Insa Wade les observe de loin et s'en réjouit. Lui qui ne jure que par l'acoustique, (son CD «Libasse» illustre bien ce choix) est fier de constater que les jeunes abandonnent de plus en plus l'électronique au profit d'une musique beaucoup plus naturelle. «Cheikh Lô et les Frères Guissé font quelque chose de super. Ils n'ont pas tort car partout à travers le monde l'acoustique revient avec force. Cela se remarque surtout dans les festivals». Et ce phénomène n'est pas une mode passagère, selon Seydina Insa Wade. II y a vingt ans, les musiciens sénégalais se confinaient presque tous dans un même style. «Actuellement, la musique est très variée. On y trouve de tout : mbalaldi, rap, folk reggae. Je crois qu'il y a maintenant plus d'ouverture par rapport à notre époque.

Classique et violoncelle
Habiter une ville comme Paris permet à Seydina Insa Wade de vivre dans un carrefour culturel plein d'opportunités pour sa carrière. «C'est vrai que je gagne plus d'argent en Europe, mais les sensations sont plus fortes quand je suis en face du public sénégalais». S'il sedécide un jour à revenir au pays, ce sera pour monter des infrastructures (studio d'enregistrement par exemple) qui lui permettront de bien mener le reste de sa carrière.
En France, même s'il n'a pas connu le succès des Touré Kounda ou de Mory Kanté, il demeure quand même une référence pour les férus de musique black et de sonorités world. II adore les échanges interculturels. Mardi soir au centre culturel Blaise Senghor, il a charmé un public melting pot et joué aux côtés de son ex-pote du Xalam le pianiste aveugle Jean Philippe Rykiel (fils unique de la célèbre styliste française Sonia Rykiel) et de la violoncelliste Hélène Billard. La rencontre avec cette dernière est purement fortuite. «J'habitais la rue René Boulanger à Paris et je voyais chaque matin une jeune fille qui sortait de chez elle avec une énorme violoncelle sous les bras», raconte Seydina. ,
Ils firent connaInsance et l'occasion de jouer ensemble se présenta lorsque Tommy Barry, un conteur sénégalais, décédé il y a quelques mois, décida de monter un spectacle intitulé «Contes et musique». Ainsi, naquit une collaboration entre une musicienne plutôt portée vers le classique et un guitariste-troubadour africain. «Cela n'a pas été facile au début car les notions de rythme sont plus pures chez les musiciens africains et !a manière de travailler beaucoup plus libre», explique Hélène Billard. Après quelques années de «duo», les accords semblent maintenant être au diapason.
Résultat, Hélène et Seydina ont réalisé deux cassettes et un CD ensemble. «En France, il ne peut plus jouer sans la violoncelle. C'est devenu sa couleur», poursuit Hélène Billard sous le regard approbateur et amusé du guitariste. Dans sa prochaine production, Seydina Insa Wade jouera en compagnie de musiciens égyptiens. Le doyen, malgré ses cinquante bougies soufflées, ne veut pas du tout décrocher. II n'y a pas de retraite dans la musique...

Propos recueillis par Modou Mamoune FAYE et Adama MBODJ - Source : Ouest France

Le Sénégal par tous les ports

En écoutant Seydina Insa Wade hier soir rue du Port, le passant s’est arrêté. Une autre musique l’a cueilli. D’abord une voix. Une voix qui chante et raconte. Les mots sont en Wolof mais ils semblent clairs, comme un espéranto dont le sens serait porté par la puInsance du chant.

Seydina chante le Sénégal et le passant entend qu’on parle de lui. On ne s’étonne pas de le trouver ici au Festival inter-celtique. On ne s’étonnera pas de le croiser demain à Dakar, après demain à New York et la semaine prochaine dans un petit bistrot parisien ou angevin. On parle volontiers de world music pour designer ce style. Peut être faudra-t-il enfin parler de « human music » un jour ? Celle qui parle des petites bonnes esclaves des familles riches comme de la mort de l’Ami. Quand Brel chantait ces thèmes, qui prétendrait qu’il « chantait belge » ? Quand Bowie chante Brel il chante la même langue, il chante de la même voix. Celle que la chair entend. D’un français hésitant et maladroit, Seydina donne en deux trois indications la piste de sa prochaine chanson. Sa violoncelliste Hélène Billard, bienveillante, l’accompagne la aussi merveilleusement. Et on comprend, et on voyage.

Européen le violoncelle ? Africain Seydina ? Oui. Comme nous.

Source : Le Télégramme

Enchantement

Une voix, une guitare et un violoncelle pour tour orchestre, mais quel orchestre! Cordes frottées, cordes frappées ou grattées au service du son puInsant d'une Afrique qui ne dédaigne ni la virtuosité instrumentale ni un discours musical quasi romantique. La violoncelliste Hélène Billard donne aux Tropiques des chants de Seydina une occasion de plus d'aimer les métInsages.

Extraits de l’album «Reene»

un disque Un Pas de Côté (distr. FairPlaylist)

Seydina Insa Wade, guitare, voix

Hélène Billard, violoncelle

Solen Imbeaud, flûtes

Gillian Mombo, percussions

© Un Pas de Côté 2018 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert