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Nicolas Lambert, lanceur d’alerte talentueux qui nous dépeint un avenir Radieux …

par Juliane Mas

Théâtre de Belleville, un jeudi soir. Il fait froid dehors et c’est les mains encore glacée que je récupère mon sesam à l’accueil. Un ticket d’entrée pour aller voir Avenir radieux, une fission française deuxième volet du spectacle Bleu Blanc Rouge de Nicolas Lambert (dont le dernier volet s'intitule Le maniement des larmes). Après Elf, la pompe Afrique vu la semaine d’avant, je m’attaque donc à ce deuxième chapitre d’un ouvrage grand de dix ans. 
En effet, l’auteur et metteur en scène Nicolas Lambert n’a pas chômé, pendant dix ans il a écumé les bancs du procès d’ELF (quatre mois), les chaises des débats publics autour de l’ouverture des EPR et est remonté jusqu’en 1954 et la IVème République pour nous retracer l’arrivée et l’implantation du nucléaire en France.

          Outre le jeu d’acteur, qui est impressionnant; Nicolas Lambert s’offre le luxe de se partager entre de multiples personnages; c’est surtout le travail de transcription et d’écriture qui est à souligner. En effet, au fil des deux spectacles, il est impossible de se dire que les protagonistes ont réellement pu prononcer ces phrases, ces mots. Il enjolive forcément, se dit-on, pour faire plus de spectacle, de sensationnel, il faut que les gens en aient pour leur déplacement. Alors on se laisse prendre au jeu des révélations, on s’étonne, on s’indigne, on rit beaucoup, aussi. Puis, à la fin du spectacle, sur un ton amical, sur un ton de confidence, il nous assure que les dialogues sont réels, non transformés mais simplement relatés. Sortis de sa bouche, les mots qu’on pu prononcer les acteurs de ces deux histoires prennent une tournure gigantesque, dramatique et on mesure alors l’immensité des mensonges dans lesquels on est plongé, bercé même, depuis des dizaines et des dizaines d’années. Entre autre, la caisse noire d’ELF qui leur a permis de financer des partis politiques (et de s’auto-financer par la même occasion), le pillage des hydrocarbures africains, la soumission au capitalisme de notre pays et à celui des Etats-Unis, le budget pub de 100 millions par an d’EDF et Areva qui correspond donc, (charges patronales exclues) à 1 milliard d’euros de pub sur 10 ans, les trajets classés secret défense des déchets radioactifs qui passent dans certaines communes … La liste est longue ! Nicolas Lambert réussit le miracle de faire rire tout en faisant réfléchir. Je l’ai déjà dit, le travail abattu est titanesque, dix ans d’écriture pour ces trois volets et la quantité d’informations à ingurgiter est également colossale. Pour faciliter l’appropriation de ces connaissances, trois livres sont mis en vente et reprennent pour chacun l’intégralité des dialogues du spectacle. Des articles complémentaires écrit avec l’aide de journalistes et des dessins viennent complémenter chacun des ouvrages. 
En plus d’être un travailleur acharné, un comédien hors pair, Nicolas Lambert se dévoile également comme un humaniste engagé dont les textes perçants nous touche et nous remue profondément.  Par ses oeuvres théâtrales qu’il joue durant deux heures voir plus, il prend également le temps de discuter, avec le sourire, dès sa sortie de scène avec toute personne de son public souhaitant le solliciter. 
Enfin, pour ponctuer les phrases et donner du rythme, Nicolas Lambert s’entoure de différents musiciens selon les soirs où son spectacle est joué. Sur les deux dates, j’ai pu me laisser happer par le son entraînant du violoncelle électrique de Mme Helène Billard. 

          Ce spectacle, malgré la fumée de sauge bio dans le volet consacré à EDF et le nucléaire, est une bouffée d’air frais. Une main qui nous relève un instant la tête de l’eau, pour nous permettre d’entendre des mots qui viennent se caler sur nos maux, une main qui nous anime, qui nous dirige, qui nous montre que nous ne sommes pas seuls à nous interroger, pas seul à nous insurger et que même si l’eau nous submerge tant le monde part à la dérive, il y a toujours des bateaux sur lesquels on peut s'accrocher. Nicolas Lambert est l’un de ces bateaux, frêle esquif qui tangue sur l’eau mais qui tient bon et qui nous alerte. Et qui nous permet de relever la tête.  

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© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert