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La communication pro-nucléaire au rayon X
par Mathieu Hautemulle

Dans une pièce hyper-documentée de deux heures, le comédien Nicolas Lambert met à mal les discours des partisans de l’atome.

C’est à un sérieux désenfumage des discours en faveur de l’énergie nucléaire que le comédien Nicolas Lambert se livre dans sa nouvelle pièce, Avenir radieux. Une fission française.

Non sans humour, le comédien démonte un à un le discours des défenseurs de l’atome, qui ne cessent de nous seriner combien l’énergie nucléaire est sure, propre, indispensable, et transparente. Transparente ? A voir ! Les orientations de la politique nucléaire en France se sont rarement décidées au grand jour, nous rappelle, à grands coups d’anecdotes, Nicolas Lambert. Le prétendu débat public actuel sur la seconde centrale de type EPR (à Penly, en Seine-Maritime) ? Il survient de longs mois après l’annonce de sa création. Même les élus se plaignent, souvent, de l’absence d’informations sur les convois radioactifs dans leurs propres villes...

Dans le domaine sanitaire, les inspecteurs du travail n’ont pas accès aux centrales nucléaires, qui dépendent de l'Autorité de sûreté nucléaire, dont le spectacle dénonce d’ailleurs… le manque d’autorité ! Quant à l’Organisation mondiale de la santé, elle est suspectée de ne pas s’être franchement exprimée sur les événements de Fukushima, bridée par une vieille entente conclue avec l’AIEA, l’agence chargée de promouvoir les technologies nucléaires au niveau mondial.

Homme orchestre L’énergie nucléaire, gage d’indépendance de la France ? Pour décaper cet autre mythe, Nicolas Lambert égrène la liste des réacteurs français sous licence américaine, et rappelle les liens historiques de la France avec l’Iran, et notamment l’actionnariat (à hauteur de 10 %) de ce pays dans Eurodif, qui exploite l’usine d’enrichissement d’uranium du Tricastin. 

Dans ce spectacle interactif, le comédien campe une vingtaine de personnages, de Valéry Giscard d’Estaing à Nicolas Sarkozy, en passant par les participants, peu nombreux, au « débat » sur l’EPR… ou encore par Pierre Guillaumat, homme de l’ombre, inconnu du grand public, mais ancien ministre et ex-responsable du Commissariat à l’énergie atomique puis d’EDF. Sur scène, ce protagoniste a beau disparaître dans les volutes de sa pipe, son franc-parler permet de dissiper nombre de voiles obscurs entourant le nucléaire à la française.

Le spectateur devra peut-être s’accrocher un peu au début de ce one-man-show hyper-documenté. Mais l’enchaînement des propos et l’accumulation des faits prend vite sens, rythmée par les airs d’une contrebasse. Deux heures de rires jaunes et de sueurs froides, à recommander aux anti comme aux pro-nucléaires.

Mathieu Hautemulle

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert