Le JIRéunion

De la bombe !
par Marine Dusigne

En faisant de sa vie en compagnie « Un pas de côté », Nicolas Lambert n’a pas choisi la facilité. Après sa « Pompe Afrique » son « Avenir radieux » a tout ce qu’il faut pour nous flanquer le moral à zéro, même si on n’est pas franchement surpris, et que, souvent, on rit. À nos dépens.

Les ados peuvent aller se rhabiller avec leurs trois mots « de la balle » dès que quelque chose les emballe. Nicolas Lambert, qui, il est vrai, sort de l’ordinaire, mérite la version « de la bombe » en poussant le bouchon de notre addiction jusqu’à l’explosion avec sa science fission.

Il a toujours cet air de ne pas y toucher, plutôt familier, pour nous embobiner avec les déchets de la réalité et toutes les pilules désargentées que l’humanité doit gober. Mais s’il s’arme de dérision pour traquer le politiquement nocif et indécent de nos successifs gouvernements en matière nucléaire ou, avant, pétrolière, le comédien n’a rien à voir avec les comiques qui brocardent l’actualité à satiété.

Séance habillage pour endosser l’armure passe muraille des énarques et autre cadors du pouvoir ou du business

Avec lui, on peut ricaner, mais certes pas rire aux éclats pour se refaire une santé. On rit jaune à dire vrai dans les travées avec ses portraits d’une histoire d’uranium aux relents d’électricité dont on se rappelle bien l’air mais dont on ne raffole pas des paroles. Lui s’ingénie à mettre les points sur les i de ce traquenard d’énergie à milliards, endossant successivement les costards des vieux briscards brillants qui, sous prétexte de ne pas vouloir essuyer un jour les reproches de leurs héritiers privés de la force convoitée pour donner du prix à la vie, justifient leurs pactes maudits.

Nicolas Lambert commence par se fondre dans la masse, enfin dans le public, incognito, enfin presque ! (photos LYL)

Il les passe tous en revue, les mielleux, les bavards, les visqueux, les jobards, les autorités de sécurité, les PDG de l’atome, une galerie de fantômes et leurs descendants bien vivants, entre débats publics, discours politiques, confessions ou inaugurations.

Imagerie frappante signée Erwan Temple et musique ensorcelante d’Eric Chalan pour laisser à Nicolas Lambert le temps de souffler dans son one-man-show radioactif.

Un sacré boulot qui force l’admiration tout comme son association avec Éric Chalan qui laisse sa contrebasse fouiner dans les graves de son invention pour laisser les pensées se frayer une échappée de compréhension, en beauté, pour fuir l’aversion. Et aussi les images sans paroles d’Erwan Temple qui, vous le verrez forcément quand vous irez au Grand Marché, ce soir ou demain, sont assourdissantes d’éloquence. Sans innocence.

Lambert-Sarko dans l’histoire aura le dernier mot, montrant que pour le président le changement reste l’alibi dans une continuité instaurée il y a soixante ans


Drôlement bien ficelé, ce nouveau procès. Chapeau.

Marine Dusigne

« Avenir radieux », de et par Nicolas Lambert ce soir et demain à 20h au Théâtre du Grand Marché

© Un Pas de Côté 2018 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert