Le Journal du Centre 

Ouverture du festival des Petites rêveries :
« Le nucléaire, notre produit du terroir »
par Jean-Mathias Joly

Le festival des Petites rêveries aime sortir des sentiers battus. Le spectacle d'ouverture, ce soir sous chapiteau, est un véritable documentaire, consacré au nucléaire en France. Nicolas Lambert, l'unique comédien, qui l'a écrit, interprète sur scène vingt-trois personnalités marquantes de l'histoire de la V e République. Avec cette pièce militante et politique, Avenir radieux, une fission française, il veut ouvrir un débat qui n'a pas vraiment existé jusqu'alors. Entretien.

Ce spectacle est le deuxième d'une trilogie ? 

Effectivement, une trilogie consacrée à des thèmes assez peu traités au théâtre, des spécialités françaises, nos produits du terroir en quelque sorte : le pétrole, le nucléaire et l'armement. Le fil conducteur de cette trilogie, c'est la question suivante : est-ce que, sous le régime de la Ve République, on a exploré, dans ces trois domaines, la démocratie ? Je n'en suis pas tellement sûr. Les spectacles expliquent pourquoi. Le premier, monté en 2004, était intitulé Elf, la pompe Afrique. Il détaillait la création de cette grande société par De Gaulle pour que la France garde la main mise sur le pétrole et sur ses anciennes colonies d'Afrique et aussi pour financer les gouvernements successifs.

Le deuxième, qui sera joué à Brinon-sur-Beuvron, est donc consacré au nucléaire… 

Et là encore, il s'agit d'ouvrir un débat qui a été inexistant depuis des décennies. Ce spectacle n'a pas pour objet de dénoncer un complot. Je ne dis pas qu'il n'y a plus de démocratie en France, je dis qu'au sujet du nucléaire, il n'y en a jamais eu. Le nucléaire n'a qu'une part limitée dans la production mondiale d'électricité. En France, les gouvernements successifs nous ont toujours fait croire qu'il est impossible de s'en passer. Il y a un lobby très puissant, qui utilise d'énormes moyens pour faire comprendre, par la communication, que tous ceux qui s'opposent au nucléaire ne sont pas crédibles. J'ai eu affaire à eux.

« Le théâtre doit aider à comprendre le monde »

Dans ce spectacle, le public est au coeur d'un débat public ? 

C'est cela. Ce spectacle n'est pas une fiction. C'est une sorte de documentaire au théâtre. Il m'a fallu des années pour le préparer et l'écrire. Je me suis informé, j'ai compilé toutes les déclarations publiques des personnalités que j'incarne. Sur scène, je joue 23 personnes. Ça va de Valéry Giscard d'Estaing à Nicolas Sarkozy en passant par Pierre Mauroy. Tous les propos qui leur sont attribués sont réels, ils les ont tenus publiquement. Lorsque je cite une personnalité, j'essaie d'être le plus proche possible d'elle, je ne veux pas la caricaturer.

Avez-vous déjà eu des réactions hostiles à la fin de la représentation ? 

Je reste toujours pour discuter avec les spectateurs. Il arrive régulièrement que certains ne soient pas d'accord mais généralement, ils me parlent d'autre chose. Ils engagent une autre discussion. Il est difficile de contester les chiffres, les faits et les propos qui sont dans le spectacle car tout est réel et vérifié.

Depuis quelques années, le débat sur le nucléaire est ouvert… 

C'est vrai. La première fois que j'ai présenté ce spectacle, devant un public test, c'était quelques jours après la catastrophe de Fukushima, en mars 2011. C'était une totale coïncidence qui a donné une résonance inattendue à cette pièce. Je vois bien que les gens s'interrogent et veulent comprendre.

Un documentaire au théâtre, ce n'est pas courant ? 

Il y a d'autres possibilités de s'informer sur ce genre de sujet. Mais moi, mon domaine, mon métier, c'est le théâtre. Et je considère que le théâtre doit aider à comprendre le monde. 

Jean-Mathias Joly
jean-mathias.joly@centrefrance.com

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert