Les 5 Pièces


« Avenir radieux, une fission française » de Nicolas Lambert : Une réussite
par Alice Bouleau

Ce deuxième volet de la trilogie, coincé entre le bleu du pétrole et le rouge de l'armement, laisse parler le blanc de l'atome français, depuis ses débuts prétendument gaulliens jusqu'à la langue de bois de Nicolas Sarkozy.

NOTRE AVIS : UNE RÉUSSITE

La pièce en bref Mais pourquoi diable y a-t-il des publicités pour EDF ? On va bien continuer à allumer la lumière, le four et la télé, même sans ça, non ? Depuis qu'on sait produire de l'énergie, on ne peut plus s'en passer. Dans certains pays, comme la France, on veut même aller au-delà de la simple consommation. On vise l'indépendance énergétique, à tout prix. Quitte à laisser de côté le problème des déchets nucléaires transitant par les centres-villes. Sur ce détail, on n'aura pas plus d'informations : le nucléaire civil français est classé secret défense. Dans ce deuxième volet, le plus réussi des trois esthétiquement parlant, Nicolas Lambert met le doigt sur la question de la transparence politique et énergétique de notre pays. Le problème, c'est que « le Français n'aime pas informer. Enfin, informer pour informer ». Areva et EDF boudent les interviews, évitent les questions qui fâchent, et continuent de produire de l'électricité à partir de réacteurs vieillissants et fissurés.

Entre deux bouffées de pipe et trois volutes de fumée, Nicolas Lambert nous fait le récit de la vague d'attentats qui a frappé la France dans les années 1980. Déjà, à l'époque, on les qualifiait d'islamistes, d'extrémistes — mais c'était un combat acharné pour le marché français de l'énergie qui était en cause. Les discours de Sarkozy à Flamanville ou de Louis Armand à l'Assemblée Nationale n'amélioreront pas les conditions de travail des précaires du nucléaire qui peinent à joindre les deux bouts. Le succès de la pièce tient à l'équilibre qu'a su trouver un intermittent du spectacle pour raconter la vie de ces intermittents de l'atome, de ces invisibles des centrales, de leurs patrons, et des politiques qui cherchent toujours à aller plus loin, plus vite, dépassant les seuils de tolérance de l'opinion publique et de la radioactivité. 

ON A AIMÉ

  • La création sonore, franchement excellente.
  • Les projections en fond de scène.
  • Rentrer chez nous et nous coucher moins bête.

AVEC QUI FAUT-IL Y ALLER ? 

  • Un pote qui pense que le nucléaire, c'est propre.
  • Votre sœur qui n'éteint jamais la lumière.
  • Quelqu'un qui gagne 9,80€.

ALLEZ-Y SI VOUS AIMEZ

  • Les scandales politico-industriels.

Alice Bouleau

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert