L'escroquerie Nucléaire (Hors série Charlie-Hebdo)

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Un certain Lambert, théâtreux et séditieux
par Fabrice Nicolino

Nicolas Lambert a inventé un nouveau genre, qu'on pourrait appeler le théâtre d'investigation. Dans «Avenir radieux, une fission française», il allume le lobby nucléaire tout en faisant rigoler le monde.

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Nicolas Lambert est un mec né en Picardie en 1967. Au départ, il est lycéen, ce qui n'en fait pas un oiseau rare. Mais c'est là, même pas adolescent, qu'il s'amourache à mort du théâtre.

Devenu étudiant en philo à la fac de Nanterre, il continue à fa ire de la scène en amateur. En amateur éclairé, ce qui le conduit droit dans les bras du théâtre universitaire de Nanterre en 1988. Théâtre qu'il dirigera entre 1990 et 1992.

Le reste ressemble à une pente naturelle. En 1992 toujours, il fonde avec la comédienne et musicienne Sylvie Gravagna la compagnie Charlie Noé. Et ils s'en vont présenter leurs créations - d'abord, «Arlequin poli par l'amour» - devant un public de jeunes de Seine-Saint-Denis. Le théâtre ou le Karcher. Installée à Pantin, la compagnie présente jusqu'en 2003 une quinzaine de spectacles. Et puis, sans prévenir, le procès Elf.

AUTHENTIQUE  En 2003, toutes les crapules qui se sont goinfrées avec l'argent d'Elf défilent à la barre. Lambert assiste à toutes les séances, écrit la moindre réplique. Et, en 2004, juste avant de créer la compagnie Un pas de côté, il lance un spectacle magnifique, appelé Elf, la pompe Afrique. Chaque mot a été prononcé. Lambert incarne follement, drôlement, tous les corrompus. 

Sans bien s'en rendre compte, il vient d'inventer un genre, le théâtre d'investigation. Dans la même veine, il crée une pièce sur le nucléaire qui, après avoir triomphé dans toute la France, a été jouée cet été au Festival d'Avignon. Son titre? Avenir radieux, une fission française. Charlie ne va pas vous raconter de salades: c'est très bon, et mieux que ça.

La qualité du truc repose d'abord sur une documentation sans faille. Lambert doit lire beaucoup ou bénéficie de documentalistes hors pair. A part une bricole, discutable d'ailleurs- le ténébreux dossier Eurodif -, les faits et les personnages sont là, à leur place exacte. Mais rien ne marcherait sans les stupéfiantes incarnations que réussit Lambert. Car si les personnages de l'histoire sont nombreux, il est seul à jouer leurs rôles. Sur scène ou dans la sa lle, bondissant d'un point à un autre, changeant de voix, se précipitant sous la lumière ou dans l'ombre. 

La pièce commence par une réunion publique d'information sur le nucléaire. Hilarante. Lambert est le monsieur Loyal, le monsieur EDF, le monsieur élu, mais aussi les pauvres coui llons qui sont venus se faire enfler. Suivent quantité de discours officiel s, de ministres, de présidents - Sarkozy est très réussi - de nucléocrates. Il faut répéter que les mots choisis par Nicolas Lambert ont tous été prononcés, ce qui donne à l'ensemble une force considérable.

Le plus beau s'appelle sans doute Pierre Guillaumat, qui a dirigé le nucléaire français pendant des décennies. Lambert se surpasse, campant l'ancien patron du CEA dans un clair-obscur, pipe à la bouche, répondant à des questions d'un journaliste allemand.

On sort de là en se demandant qui étriper en premier. Et ce n'est pas fini. Lambert prépare un nouveau spectacle sur le commerce des armes.

Fabrice Nicolino

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert