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Festival d’Avignon : les spectacles du Off à ne pas manquer
par Maud Fontanel

Difficile parfois de s’y retrouver au milieu des centaines d’affiches et de tracts. Près de 1200 spectacles se jouent en ce moment au Festival d’Avignon dans le Off. Théâtre engagé ou drôle, danse, pièces en tout genre… Nous vous livrons notre sélection des meilleures représentations vues au Festival.

Des pièces engagées et intelligentes

Ma Marseillaise, au théâtre des Halles : Noun, originaire du Liban en a assez d’avoir si peu de droits en tant que femme. Elle quitte alors son pays mais en France aussi, il faudra se battre, notamment pour être naturalisée. Fredonnant l’hymne national, elle se rappelle son pays, ses épreuves, les femmes qui se battent, des droits bafoués… Darina Al Joundi signe et joue un texte d’une force incroyable. Après son précèdent spectacle, Le jour où Nina Simone a cessé de chanter (grand succès du Festival), Darina Al Joundi livre une nouvelle œuvre magnifique. Ses moments de joie, d’humour, de colère et d’émotion sont mis en scène par Alain Timar, le directeur du Théâtre des Halles.

Avenir Radieux, une fission française, au théâtre du Chêne noir : Après Elf la pompe Afrique, Nicolas Lambert signe un nouveau pamphlet politique dénonçant cette fois les choix pris en matière de nucléaire. Plus qu’une pièce, c’est un documentaire : grâce à un travail de recherche fabuleux, il nous fait remonter le fil de l’histoire, les débats à l’Assemblée Nationale en 1956, les attentats de Paris, les discours de nos anciens présidents, tous imités avec talent. Nicolas Lambert, accompagné du contrebassiste Eric Chalan, livre une véritable performance d’acteur et un spectacle où l’on rit beaucoup, mais jaune.

Invisibles, au Théâtre du Chêne noir : cinq vieux messieurs, venus d’Afrique du Nord en France, sans leur famille sont désormais délaissés, vivant dans un foyer miteux. On les appelle les Chibanis. Le dramaturge Nasser Djemaï a voulu parler de ces hommes « pensant fuir une misère pour finalement une autre plus froide encore ». Grâce à la venue du jeune Martin, en quête de l’histoire de sa mère, qui vient de disparaitre, on apprend alors à connaître Majid, El Hadj et les autres. On écoute leurs histoires, leurs blessures, leur mémoire. La mise en scène, simple, est belle, servie par des comédiens de talent.

Un peu d’humour

La pelle du Large et Une Odyssée, au théâtre des Carmes : on ignore comment aurait réagi Homère en voyant son Odyssée réadapté de la sorte, mais le résultat est jouissif. Deux très grands noms du théâtre livrent leur version de la fameuse épopée : Philippe Genty et Irina Brook. On rit aux éclats pendant une heure trente, un véritable plaisir. La pelle du Large nous embarque sur un bateau (une pelle) avec un Ulysse représenté en Tire-Bouchon et ses compagnons en barres chocolatées. Une mise en scène miniature faite d’objets complétement délirante, géniale. Suit la version d’Irina Brook, remplie d’humour également où des étudiants vont revisiter avec leur professeur l’Odyssée et ses épisodes les plus marquants. Un délice… 

Les deux G, au théâtre du Balcon : on rit aussi beaucoup dans Les deux G, de et avec Jean-Luc Revol et Denis d’Arcangelo qui nous entraînent dans leur cabaret et leur univers si loufoque. Un texte et de nombreuses chansons sont accompagnés par deux musiciens sur scène. Les paroles, souvent osées, sont très drôles. A ne pas voir avec de jeunes enfants ou des personnes trop prudes…

On y danse, on y danse…

En quête, aux Hivernales : La compagnie de hip hop Melting Force présente une chorégraphie pour trois danseurs. Une danse très technique avec des interprètes maîtrisant la gestuelle du hip hop avec justesse. Par leurs corps, ils racontent le déracinement. Ayant rencontré des immigrés ou encore des sans-abris, ils ont écouté leurs histoires pour nous la traduire aujourd’hui par la danse. Une très belle création.

Odetta chante, au Laurette Théâtre : Odetta était une chanteuse noire-américaine, très engagée dans les droits de l’homme. Décédée en 2008, très connue aux Etats-Unis, elle est pourtant inconnue ici, en France. La compagnie Diversens la fait alors revivre et découvrir grâce une très belle chorégraphie. Les quatre danseuses jouent avec un micro, unique décor de la pièce sur une bande sonore d’Odetta, bien sûr. Une œuvre intime où les interprètes, très expressives, parviennent à faire passer les émotions, et leur humour aussi.

Quelle histoire !

Le porteur d’histoire, théâtre des Béliers : Ce dernier spectacle de notre sélection est inclassable mais quelle pièce !! Sur scène, cinq comédiens, campant des dizaines de personnages, vous nous embarquez dès les premières secondes dans une histoire rocambolesque, nous tenant en haleine jusqu’à la fin. Un homme, qui doit enterrer son père dans les Ardennes, va faire une découverte qui bouleversera sa vie et changera même le cours de l’histoire, son passé plutôt. Une quête nous emmenant au Moyen Age, au cœur de la Révolution française jusqu’à aujourd’hui en Algérie. Nous remontons le cours d’histoire, rivés sur ces personnages qui avancent dans leur enquête. L’imagination est ici célébrée avec brio. C’est magique, brillant, tout simplement génial. Un spectacle à voir absolument.

Maud Fontanel

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert