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Nicolas Lambert : "Le nucléaire, en France, c'est Secret Défense"
par Benjamin MiNiMuM

Après s’être attaqué à la politique pétrolière française, avec Elf la pompe Afrique, et avant d’aborder la question de l’armement dans l’économie hexagonale, la nouvelle pièce de Nicolas Lambert est intitulée Avenir radieux, une fission française. Accompagné des vidéos d’Erwan Temple et de la contrebasse d’Eric Chalan, le comédien et metteur en scène interprète 23 personnages pour pointer l’étonnante gestion du nucléaire dans notre pays. 

Quelles sont les particularités du modèle nucléaire français ?

Nicolas Lambert : La France est incomparable en ce domaine et ce n’est pas un modèle. C’est le seul pays au monde à avoir développé autant l’industrie nucléaire dite «civile». C’est amusant d’ailleurs : on dit nucléaire « civil » par opposition au nucléaire « militaire », parce que le terme « atomique » renvoie trop directement à la bombe. Parler « d’énergie atomique » serait trop signifiant. Pour notre électricité, nous dépendons du nucléaire à 75 ou 80% selon les années. C’est unique au monde.

Pour Elf, la pompe Afrique, vous aviez travaillé à partir des audiences du procès Elf de 2003. Sur quoi vous êtes vous fondé cette fois-ci ?

Je suis parti de trois fils distincts. D’abord, les discours institutionnels au cours des soixante dernières années. Ceux des Présidents de la République, du gouvernement, ceux exprimés devant l’Assemblée nationale. C’est sous la Quatrième République que la République se nucléarise, et non pas sous de Gaulle. Ensuite, j’ai suivi l’ensemble des débats publics autour de la construction d’un réacteur nucléaire à Penly, près de Dieppe, en Normandie. Le collectif grenoblois Pièce et Main-d’œuvre a produit des analyses remarquables sur ce sujet. Enfin, je m’appuie sur l’interview qu’a donnée à deux journalistes allemands un homme de l’ombre essentiel à la compréhension de notre « démocratie » : Pierre Guillaumat. Ancien ministre de la guerre qui, après avoir dirigé le Commissariat à l’Energie Atomique, créa la compagnie pétrolière Elf... Avec ces trois fils, je tresse mon scoubidou.

Que vous ont appris vos recherches quant à l’état du parc nucléaire français ?

Secret défense. Le rapport sur le sujet demandé par l’elysée à M. Roussely [ancien président d’EDF] a été classé avant sa parution.

Sur le recyclage des déchets ?
Secret défense.

Comment circule l’argent du nucléaire et quelles sont les sommes en jeu ?

Secret défense.

Quelles conclusions retirez-vous de la mise en perspective de ces éléments ?

Etonnant tous ces «Secret défense» sur des sujets non militaires, non ?

L’accident de la centrale de Fukushima peut-il remettre cette politique en question ?

En France, non. Les intérêts sont importants, vous savez.

Quelles seraient les alternatives réalistes pour sortir du tout-nucléaire ?

Tant que les atomes civils et militaires seront liés, la France ne quittera pas un système qui lui confère une place majeure dans la prolifération nucléaire. Et fait d’elle une puissance diplomatique de premier plan siégeant au conseil de sécurité de l’Onu. Sinon, ce serait très simple de sortir du nucléaire. L’immense majorité des pays de l’Union européenne s’en passe très bien. Que je sache, l’Italie, l’Autriche ou la Norvège ne sont pas restés à l’âge de pierre. La part de l’énergie nucléaire, c’est 4% dans le monde, pas plus. La part des énergies renouvelable est bien plus considérable.


© Un Pas de Côté 2018 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert