Théâtre du Blog

Avenir Radieux, une fission française
par Philippe du Vignal

Il y a avait eu déjà Elf la pompe Afrique que Nicolas Lambert avait créé en 2004;  il donnait un aperçu des bassesses de la politique coloniale de la France à travers quelques moments-clé du fameux procès où personne ne se souvenait plus de rien: de Loïc Le Floch-Prigent aux autres protagonistes qui avaient tous brassé et/ou profité de paquets d'argent monstrueux (voir elf dans Le Théâtre du Blog).

Nicolas Lambert , dans le second volet de cette  affaire, s'en prend maintenant aux beaux discours de la République, présidents, ministres de gauche comme de droite et dirigeants d'EDF qui ont tous applaudi aux ” progrès” de l'industrie nucléaire pour des raisons électorales et politiciennes: mensonges énormes (comme on le sait depuis longtemps, plus c'est gros, mieux cela passe) du genre : l'industrie nucléaire est peu coûteuse , absolument sûre et absolument indépendante, alors que le sigle même de Framatome dénonce le contraire, le nuage de Tchernobyl n'a pas touché la France! etc…réponses évasives de représentants de l'Etat, en l'occurrence ceux des organismes chargés de contrôler l'activité nucléaire française, civile et militaire comme cette commission nationale du débat public qui organise de faux débats sur les centrales nucléaires de type EPR.

Ou  bien encore quand l'Etat et ses préfets de la République qui devraient protéger les citoyens, fait semblant de ne pas comprendre et ne voit  aucun lien entre la vingtaine d' attentats qui ensanglantèrent la France dans  les années 80 - ceux de la rue de Rennes, de la station Saint-Michel, du TGV, etc… la prise d'otages au Liban, et de l'autre côté: les contrats juteux de l'industrie nucléaire négociés avec l'Iran, mais non respectés.

Et tout cela sur fond de corruption mal déguisée, quand il s'agit de la presse en général dont il est visible qu'on acheté le silence, ou bien  quand l'information est soigneusement verrouillée par des médias qui appartiennent peu ou prou à des industriels de l'énergie et de l'armement. EDF est ainsi devenu, au fil de quelques décennies, un État dans l'État, et les parlementaires qui  auraient pourtant dû avoir un droit de regard absolu, ont été priés de se taire.Comment on ne sait pas et mieux vaut ne pas savoir! Essayez  de vous souvenir de  la parole de l'un d'entre eux.

Quant au consommateur, envahi par un déluge de désinformations, ou de fausses informations, il est, lui, prié de croire que les sites nucléaires français  possèdent une technologie irréprochable et  que toute comparaison avec la catastrophe japonaise serait absurde, comme le martèle encore le pauvre Sarkozy dans un discours lamentable qui pue le mensonge. Circulez, il n'y a rien à voir, sinon à l'étranger! Beau syllogisme:  vouloir quitter le nucléaire comme le fait l'Allemagne c'est sans doute bien mais pas pour la France. Comment faire autrement? C'est une question, après Fukushima qui ne peut plus être longtemps éludée… Mais que la classe politique toute entière, ou à quelques bémols près, se refuse à voir vraiment en face, alors que cela concerne des dizaines de millions de jeunes Français et l'avenir même de la planète. C'est tout cela que dit le spectacle de Nicolas Lambert en refaisant, avec des moyens dérisoires, l'historique de cette histoire de fric organisée à l'échelon international : il est seul en scène, avec un violoncelliste, à incarner les différents protagonistes. Aucun décor  sinon  un gros bidon marqué du fameux logo nucléaire.

Nicolas Lambert sait faire, qu'il incarne  Guillaumat le cynique ministre chargé de l'énergie atomique sous de Gaulle, ou les Présidents ou premiers ministres- les vivants  comme  les morts- qui cautionnèrent cette politique énergétique qui est maintenant au cœur du débat. Il  dénonce, à coup de morceaux d'anthologie tirés d'archives, les passes d'armes entre agents de l'Etat inexistants et trouillards avec des gens comme cette adjointe  à la mairie d'Amiens, brillante et qui ne se laisse pas impressionner. C'est à la fois d'une belle tenue théâtrale, même s'il n'y a pas cette fois le matériau d'exception qu'étaient les notes prises par Nicolas Lambert au procès d'Elf. Mais le comédien est solide et pugnace, et le public-assez jeune pour une fois- est captivé et savoure ce théâtre citoyen pendant deux heures passionnantes.

On ressort de là avec l'impression d'être un peu plus intelligent et un peu plus lucide.

Sans doute, le spectacle est-il encore assez brut de décoffrage: une petite coupe  de quinze minutes ne serait pas un luxe mais les choses vont se caler et le spectacle fonctionne déjà avec une remarquable efficacité. Par ailleurs,  et  ce serait un autre débat,  mais, quitte à mettre les choses au clair, Nicolas Lambert pourrait aussi poser, même rapidement  les vraies questions: pourquoi aussi peu de circuits de récupération (canettes, plastiques,emballages divers et toujours plus nombreux souvent multipliés par trois),  pourquoi cette débauche de vêtements surtout féminins, et de pseudo-médicaments qui ne servent à rien,pourquoi ces vitrines éclairées en pleine nuit, pourquoi ces blisters pour une ampoule ou dix vis), pourquoi ces cartons de livraison Casino à usage unique, pourquoi ces écrans plats, gros consommateurs d'énergie, qui diffusent de la pub un peu partout jusque dans le métro, pourquoi ces tracts distribués par centaines de milliers et que personne ne lit, pourquoi ces dizaines de milliers de  journaux gratuits qui vont  à la poubelle, etc…

L'industrie nucléaire, non seulement déjà polluante, contribue aussi grandement, à la pollution, en rendant les choses plus faciles et moins coûteuses en efforts (du moins en apparence)… Tout cela, avec le consentement absolu du citoyen français: nous sommes tous loin d'être des consommateurs irréprochables dans ce domaine, et pas très regardants quant aux conséquences vis-à-vis des générations futures!

Philippe du Vignal

© Un Pas de Côté 2018 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert