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Vu au Théâtre du Chêne Noir

Nicolas Lambert fait du théâtre d’utilité publique et propose une forme originale de théâtre documentaire qui fait son succès depuis 2004.

Après Elf la pompe Afrique, où il traite de l’implication de l’industrie pétrolière française en Afrique et de ses conséquences, il nous propose deux heures de spectacle autour du nucléaire.

Cela pourrait être austère mais c’est un grand bonheur.

Il commente, en préambule, les publicités pour EDF qu’il a entendu à la radio avec son équipe avant le spectacle. Cinquante millions par an, pour nous faire consommer de l’électricité nucléaire ? Et pareil pour AREVA, premier fournisseur français de centrales nucléaires... Pour consommer de l’uranium enrichi ?

C’est drôle, pertinent, informel et informatif.

Alors, pour nous, il nous raconte les réunions organisées par la commission nationale du débat public sur l’utilité et les modalités de la construction d’une seconde centrale nucléaire de type EPR. C’était il n’y a pas longtemps, en 2010. Il convoque sur la scène les protagonistes de ces réunions d’hier, et rebondit dans le temps, faisant ressurgir devant nous plus de 30 personnages retraçant la mise en place de ce fleuron français qu’est le nucléaire. C’est rythmé, drôle et mordant, et l’on y découvre, sidéré, comment l’engagement dans cette voie depuis les années cinquante, et toutes les décisions qui ont suivi, se sont faits en dehors de tout débat démocratique. Comment les attentats de 1985/1986 à Paris sont, en fait, les effets collatéraux du financement, par le Shah d'Iran, de la construction de la centrale de Tricastin qui produit 25% de l’uranium enrichi dans le monde. Des attentats qui se sont arrêtés dés lors qu’un premier remboursement de 300.000 dollars a été versé à l’Iran… de Khomeiny.

C'est bourré d’informations, traitées à partir de faits réels de notre histoire publique. On reste bouche bée et un peu sonné, alors même que l’on ne se faisait pas trop d’idées sur les compromissions possibles de nos gouvernants ,… on est groggy ! Heureusement c’est (aussi) drôle, permettant ainsi de nous libérer de cette fatale inquiétude qui nous envahit. Et les respirations proposées par la violoncelliste qui l’accompagne, tantôt visible, tantôt invisible, sont autant de pauses qui nous permettent de digérer tout cela. De souffler après avoir encaissé. Bref, c’est aussi un VRAI spectacle vivant réussi !

Du coup, ces deux heures passent très vite et nous enrichissent tellement que je ne peux que vous recommander de découvrir de toute urgence cet univers radieux qui nous attend.

A noter que ce spectacle fait écho à « la démocratie expliquée à mon député », un spectacle qui n’atteint pas la forme proposée par Nicolas Lambert mais qui, sur le fond, mérite qu’on le découvre et qu’on le soutienne particulièrement.

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert