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par François Ruffin

La dernière pièce de Nicolas Lambert sur le commerce des armes se joue en ce moment à Paris. Du théâtre journalistique qui met nos élites à poil. Allez-y on vous le conseille, vivement.

Je viens de choper le dernier train pour Amiens, à gare du Nord.
J’ai couru pour l’attraper.
Je suis crevé.

Mais je vous rédige quand même ces quelques lignes, parce qu’il le faut. Je sors tout juste du théâtre Le grand Parquet, où j’ai vu Le Maniement des armes, de Nicolas Lambert.

Juste un mot, comme je suis fatigué : formidable.

Ce comédien est, je trouve, l’un des meilleurs journalistes du pays. C’est une véritable enquête qu’il mène, en amont de l’écriture, et durant son spectacle, il multiplie les sources : PV d’audition, conférence de presse, écoutes téléphoniques, questions à l’Assemblée nationale, etc.

Mais ce comédien est, surtout, évidemment, un comédien. Et on les a là, sous nos yeux, les Sarkozy, Cazeneuve, Valls, Hortefeux, incarnés, imités. Sous nos yeux, ils se dévoilent, et au fil du spectacle, c’est émouvant de voir nos élites à poil, déshabillés de leurs mensonges à nu.

C’est drôle.
Ca marche.
Sur un sujet plus que grave, essentiel.

Au vu du titre, après les attentats, la direction du Grand Parquet a voulu annuler les représentations. Quelle erreur ! Parce que ce Maniement des Larmes, on a besoin de le voir, d’en discuter, aujourd’hui plus que jamais. Aujourd’hui que les guerres menées ailleurs, les armes vendues tous azimuts, nous reviennent comme un boomerang. Aujourd’hui que la douleur, le deuil, la colère, pourraient bien, dans l’urgence, nous entrainer vers le n’importe quoi. Aujourd’hui plus que jamais, on a le devoir de comprendre, de réfléchir, avant d’agir.

Cette pièce y aide.
Et sans qu’on s’ennuie.

François Ruffin

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert