La Lettre du SNES

Le Maniement des Larmes
par Micheline Rousselet

Après s’être attaché à la question du pétrole (Elf, la pompe à fric), puis au nucléaire (Avenir radieux, une fission française), Nicolas Lambert consacre le troisième volet de sa trilogie Bleu-Blanc-Rouge à l’armement, le troisième secteur où nos valeurs démocratiques se trouvent, au fil des affaires, menacées.

La pièce est organisée en trois parties, les deux premières s’attachent aux affaires liées aux ventes d’armes au Pakistan et à la Libye, la dernière s’interroge, à partir d’un discours de Michel Rocard, sur l’opportunité de l’armement nucléaire. Les deux premiers volets révèlent combien la démocratie est bafouée dans ces ventes d’armes. Le Parlement ne légifère plus depuis des lustres sur ces questions, réglées par le « Ministre de la Justice sur la base de décrets-lois pris à la sauvette ». Ces ventes donnent lieu à des tractations bassement politiques (libération des infirmières bulgares) ou au versement de commissions occultes qui servent au financement occulte des campagnes électorales, quand elles n’aboutissent pas dans la poche de politiques corrompus ou d’intermédiaires véreux. Les enquêtes autour de l’attentat de Karachi sont au cœur des deux premières parties.

Nicolas Lambert fait entendre la voix des responsables politiques ( Présidents de la République, Premiers Ministres, Ministres de la Défense) mais aussi celle des intermédiaires (Ziad Takieddine et Thierry Gaubert), des journalistes et les écoutes. Nicolas Lambert est tous ces personnages. Un écran précise dates et lieux des interventions des protagonistes dont il reprend les termes exacts. Il est excellent en Nicolas Sarkozy, imitant à la perfection, ses mouvements d’épaule, ses haussements de menton, le balancement de ses bras, ses tics et sa façon d’éluder les questions gênantes. Mais il est aussi Anne Lauvergeon, Ziad Takieddine, le journaliste de télévision et l’enquêteur qui s’ennuie à l’écoute de conversations factices entre Ziad Takieddine et Thierry Gaubert, qui se savent écoutés. Il est assisté d’un musicien et d’un acteur qui, casques sur les oreilles, sont à l’écoute. Il y a des moments drôles, mais le ton est plus grave que dans Elf et la conclusion avec le discours de Michel Rocard, même s’il est empreint d’humour, sonne comme un avertissement lorsqu’il dit que la course aux armements est devenue ruineuse et que nos exportations d’armes dépendent de plus en plus de commandes venues de pays qui sont devenus des poudrières du terrorisme. Quant à la bombe atomique, c’est au danger de sa prolifération que l’on est aujourd’hui confronté.

C’est un cours d’histoire politique récente que nous offre Nicolas Lambert et l’on aimerait que tous les cours soient aussi passionnants que celui-là. 

Micheline Rousselet

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert