L’Anticapitaliste

Le Maniement des Larmes
par Pierre Baton et Camille Jouve

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Nicolas Lambert s’est lancé il y a plus de dix ans dans une aventure théâtrale très ambitieuse, raconter l’histoire des trois principaux « produits du terroir français » comme il le dit lui même : le pétrole, le nucléaire et l’industrie de l’armement.

En 2004, son premier spectacle « Elf, la pompe Afrique » revenait sur le procès des dirigeants du groupe pétrolier Elf, de ce qui a été durant plusieurs décennies l’un des principaux outils de la politique extérieure de la France en Afrique. Quelque 500 représentations plus tard, il s’attaquera au nucléaire avec un second volet « Avenir radieux, une fission française ». Et depuis quelques jours, c’est le troisième volet de cette trilogie, « le Maniement des larmes » qui se joue à Paris, puis en région dans les mois à venir.

Cette dernière pièce revient sur les affaires de corruption liées aux ventes d’armes, en particulier celles qui ont entouré les campagnes de Balladur puis de Sarkozy. Armement des dictatures, rétro-commissions, vente de centrales nucléaires et diplomatie occulte, sont au cœur de cette pièce qui résonne parfois étrangement avec l’actualité…

Dans un dispositif scénique original très réussi, intégrant la régie et les musiciens sur le plateau, Nicolas Lambert interprète l’ensemble des protagonistes. Flirtant avec une performance d’imitateur, le comédien et auteur nous propose en réalité un documentaire théâtral, fruit d’un long travail d’enquête. Il invente ainsi une forme de théâtre et nous propose un spectacle politique engagé. Et autant vous prévenir de suite, la pièce contient un acte de bravoure assez troublant mais très réussi : l’interprétation d’un discours de Michel Rocard !

Dans une période où les théâtres sont vides, il y en a qui méritent moins que d’autres d’être désertés...

Pierre Baton et Camille Jouve

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert