Le Canard Enchaîné

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Le maniement des larmes
par Jean-Luc Porquet

Après le pétrole et le nucléaire, voilà que l’acteur-auteur-metteur en scène Nicolas Lambert s’attaque à un autre produit du terroir français : l’armement, avec lequel il conclut son ambitieuse trilogie « Bleu-Blanc-Rouge ».

La méthode Lambert ? Après une longue préenquête documentaire, braquer son projecteur là où ça fait mal : ici, entre autres, sur l’attentat de 2002 à Karachi (14 morts) et sur les étranges relations entre Sarkozy et Kadhafi...

Incarnant à lui seul une vingtaine de personnages (de Cazeneuve à Léotard en passant par Anne Lauvergeon et Manuel Valls), Lambert nous rejoue, au mot près et en complet gris sur fond d’écran sombre, de multiples scènes aussi véridiques qu’éloquentes sur les ventes d’armes et les pratiques étranges qui les accompagnent... Un entretien Sarkozy-Kadhafi, des écoutes téléphoniques de Brice Hortefeux conversant avec Thierry Gaubert, l’audition de Balladur à l’Assemblée nationale, etc.

En conclusion, l’estomaquant discours tenu par Rocard le 27 juin 2014 devant les députés. Que la France maintienne à prix d’or son arme nucléaire, dit-il, est une folie inutile (« nous ne savons plus qui nous dissuadons ») et « dangereusissime » car elle encourage la prolifération, et accroît le risque que s’arment à leur tour « deux ou trois gouvernants fanatiques religieux, ou totalement cinglés, ou totalement dictatoriaux ». Rocard en fiévreux oracle visionnaire : c’est sidérant et, par les temps qui courent, instructif. 

Jean-Luc Porquet

Canard

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