Le Figaro

L’Arme du rire

par Etienne Sorin

Dans « Le Maniement des larmes », Nicolas Lambert décortique le complexe militaro industriel français.

Instructif et très drôle.

Le Maniement des larmes est le troisième volet de la trilogie Bleu-blanc-rouge, l’a-démocratie. Après le pétrole (Elf, la pompe Afrique)et le nucléaire (Avenir radieux, une fission française), Nicolas Lambert s'attaque ici à l’armement, autre domaine régalien du régime français. Et pas n'importe lequel : la France est le quatrième exportateur mondial d'armement. De l'attentat de Karachi, au Pakistan, en 2002 à la mort de Mouammar Kadhafi en Libye en 2011, les affaires d'État s'emboîtent comme des poupées russes. 

Du théâtre documentaire ? Du théâtre documenté plutôt, et même très bien. Procès-verbaux d'écoutes, conférences de presse ou entretiens dans les médias, pas un mot des intervenants reproduits sur scène n'est inventé.

Tout ceci ne serait qu'édifiant si Nicolas Lambert n'était pas aussi un comédien hors pair. Il interprète tous les rôles avec une virtuosité remarquable, à la manière d’un Philiippe Caubère. Édouard Balladur, Ziad Takieddine, Anne Lauvergeon, Jean-Jacques Bourdin et bien d’autres défilent sur scène… Son imitation de Nicolas Sarkozy n’a pas grand-chose à envier à celle de Laurent Gerra. Quant à la fille de Thierry Gaubert, on ne connaît pas le modèle, mais l’interprétation qu’en donne Lambert est assez irrésistible. En adolescente pendue au téléphone et effarée par les affaires de son père, elle est à mourir de rire.

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© Cie Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert