Le Parisien

Théâtre à Paris : quand le réel s’invite sur scène
Aux (L)Armes Et Caetera
par Sylvain Merle

Théâtre d’investigation, soit, mais avant tout, un remarquable spectacle

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Dans « Le Maniement des larmes », troisième volet de sa trilogie « Bleu-blanc-rouge : l’A-démocratie », Nicolas Lambert poursuit son travail de théâtre documentaire. Après le pétrole et le nucléaire, il explore cette fois les liaisons dangereuses entre ventes d’armes à l’étranger et personnel politique, avec ses intermédiaires louches au service de présumés financements illicites… 

S’appuyant sur des éléments factuels des dossiers Karachi et Kadhafi, procès-verbaux d’écoutes téléphoniques et auditions parlementaires, mais aussi conférences de presse, flashs info ou interviews radio, Nicolas Lambert esquisse ce qu’ont pu être les systèmes avec au centre de son dispositif scénique une cellule d’écoutes et des conversations qu’il rejoue pour leur donner corps.

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Il incarne une vingtaine de personnages avec talent. Thierry Gaubert (ex-collaborateur de Sarkozy) et sa famille, l’intermédiaire Ziad Takieddine, les anciens ministres Brice Hortefeux, Edouard Balladur, Gérard Longuet, François Léotard, mais aussi Nicolas Sarkozy — truculent — qu’il parvient à caractériser d’un geste, d’une posture ou d’un accessoire. « Chaque personnage existe, tous les propos sont exacts », assure-t-il au terme de deux heures qu’on ne voit pas passer. Théâtre d’investigation, soit, mais théâtre avant tout. Lambert n’en oublie pas de proposer un remarquable spectacle. On y rit aussi. Jaune, bien sûr, devant les compromissions et mensonges que mettent en exergue ces fragments de réalité mis bout à bout.

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert