Soixante-Quinze

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Aux Larmes, Citoyens
par Anaïs Heluin

Le dernier volet du triptyque «Bleu Blanc Rouge» de Nicolas Lambert dénonce un pilier de l'« a-démocratie» : l’armement. Son théâtre est un service public de première nécessité. 

Après Elf, la pompe Afrique en 2004 et Avenir radieux, une fission française (sur l' histoire du nucléaire hexagonal) en 2011, celui qui se définit comme un lanceur d'alerte voit rouge. Créé l'an dernier au Grand Parquet (18•), Le Maniement des larmes termine en beauté le triptyque « Bleu Blanc Rouge, l'a-démocratie »  par un spectacle sur un autre produit du terroir français : l'armement. Alors que la plupart des scènes françaises ne programment guère ce théâtre documentaire de très haute volée, celle de Belleville invite à en découvrir les trois volets jusqu'au 18 décembre.

Riche d'une longue enquête et d'un travail précis d'imitation des hommes politiques français et de leurs sbires obscurs, Nicolas Lambert opère tout en sobriété. Un bidon d'essence rouge et une table de régie pleine d'ordinateurs lui suffisent.

À partir de l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi, au Pakistan, lié au financement de la campagne d'Édouard Balladur en 1995, il déroule les secrets bien gardés du gouvernement en matière de vente d'armes. Il met à jour les liens entre les mandats de François Mitterrand, de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy, et des hommes comme Mouammar Kadhafi. Construit à partir de procès-verbaux d'écoute, de discours prononcés en conférences de presse ou à l'Assemblée nationale, d'extraits d'émissions de radio et de nombreuses autres sources, Le Maniement des larmes a souvent des airs de commedia dell'arte. Mais tout y est, hélas, bien vrai.

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© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert