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Dossier : Théâtre / Politique et manipulations

Enquêtes sur le financement
par Hélène Chevrier

Nicolas Lambert a constitué en près de quinze ans une trilogie documentaire autour de la démocratie, ou plutôt l’ « a-démocratie » comme il l'appelle. Le spectacle comporte trois volets qui traitent pour « Le maniement des larmes » de la politique d'armement française, pour « Elf la pompe Afrique » de l'affaire Elf-Aquitaine et pour « Avenir radieux, une fission française » des liens de notre pays avec le nucléaire.

Construits à partir des déclarations officielles et officieuses (« Le maniement des larmes » s'appuie sur beaucoup d'écoutes téléphoniques), les spectacles ne sont pas à charge mais mettent le spectateur en position d'enquêteur, de juge d'instruction ou de journaliste. Aucune démonstration n'est faite sur scène, aucune conclusion n'est imposée au public.

C'est intelligent et drôle, Nicolas Lambert incarnant et imitant certains protagonistes que l'on connaît comme Sarkozy, Kadhafi, Rocard, Anne Lauvergeon ... avec beaucoup de fantaisie. On en sort plus éclairé et le fait de nous donner les clés de ces affaires nous redonne un peu de notre dignité de citoyen, souvent piétinée par cette même démocratie dont on avait pourtant rêvé.

Entretien

H.C. : Tout ce que vous racontez dans ces trois spectacles est-il vrai ?

Nicolas Lambert : Oui mais je n'essaie pas de dénoncer ; plutôt de donner des outils de compréhension au public. 

Tout « Le maniement des larmes » démontre que nos dirigeants intriguent et jouent avec le feu, en l'occurrence il s'agit du nucléaire. C'est donc une critique.

La stratégie militaire est décidée à l'Élysée et on ne sait pas ce qui s'y passe. Donc la Ve République n'est pas du tout au service du peuple. Théoriquement nous sommes le peuple souverain et l'exécutif doit exécuter ce que nous lui demandons. Il ne le fait pas et il ne nous demande même pas de valider ce qu'il fait. Le problème c'est que c'est fait en notre nom et après on se demande pourquoi on est attaqué ? Ce n'est pas parce que Nicolas Sarkozy est fou mais parce que ce pouvoir n'est pas dans nos mains. Et on ne peut pas demander à un chef de l'État qui détient tous les pouvoirs d'être scrupuleux ; c'est à nous d'être vigilants.

Comment raccrochez-vous l'affaire Karachi au nucléaire?

L'exemple de Karachi est anecdotique mais il me permet de relier entre eux les trois spectacles. On retrouve le pétrole, le nucléaire et l'armement chaque fois qu'on commence à scruter le financement d'une élection présidentielle. On a ensuite un système qui se met en place avec des marges considérables sur nos ventes d'armement. Et le Rafale fait partie de ce système. C'est l'un des deux meilleurs avions du monde et

il sert à trimbaler l'arme nucléaire. Il ne se vend pas parce que les gens n'ont pas de bombes. Qu'à cela ne tienne. Manuel Valls dit en 2014 que « les pays qui font le choix du nucléaire militaire et civil sont les pays qui veulent ne pas sortir de l'Histoire », et on se met à vendre des Rafales. Ça ne peut pas marcher comme ça. Et si on ne s'en occupe pas, selon les propos de Michel Rocard à l'Assemblée Nationale, «  il peut se passer n'importe quoi ».

Propos recueillis par Hélène Chevrier

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© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert