Théâtre(s) - Le magazine de la vie théâtrale

b900ce_11915790bd6e4ef7a991750019530f7c.jpg_srz_294_76_85_22_0.50_1.20_0.00_jpg_srz

Ténacité documentaire et exigence artistique
par Leila Cukierman

Ce troisième volet  de la trilogie Bleu-Blanc-Rouge (sang) évoque l’attentat de Karachi et de sombres affaires d’état : rétrocommissions, ventes d’armes, financements occultes de campagnes électorales….

Ecoutes, conférences de presse, discours, interviews, instructions judiciaires font la matière du spectacle. Un montage judicieux révèle l’imposture de gouvernants capables de jongler avec les proclamations de vertu républicaine et les pratiques sécrètes mortifères de l‘a-démocratie.

Le travail théâtral reste exemplaire de sobriété et d’efficacité : une table symbolise à la fois la table de presse, d’émission radio, d’écoutes. Nicolas Lambert interprète la vingtaine de personnages  dans un jeu concis et virtuose. Une gestuelle, une intonation, un accent, un regard, un tic corporel incarnent tour à tour et instantanément tel ou telle. Les deux musiciens créent des univers sonores tendus vers une véracité dérangeante tant les juxtapositions des propos sont minutieuses. Les protagonistes odieux nous touchent parfois ;  ainsi  la lente descente de T. Gaubert, son épouse et sa fille. La pièce nous fait passer des sueurs froides au sourire grinçant et à la colère. L’émotion et la réflexion produisent de la conscience politique.

Quel beau titre que ce « Maniement des Larmes » quand « ILS » continuent leurs trafics à l’heure où nous pleurons les morts.

LeÏla Cukierman

IMG 9062
© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert