Voix de l'Ain

Nicolas Lambert, force de frappe et grandes oreilles

Auteur, acteur, metteur en scène, empêcheur de ronronner, Nicolas Lambert revient sur la scène mâconnaise pour nous livrer le troisième chapitre de sa trilogie « Bleu Blanc Rouge, l’a-démocratie. »

Du terrain...

Il y a eu Elf, pompe Afrique (Bleu), puis Avenir radieux, une fission française (Blanc). Voici Le Maniement des larmes (Rouge), dernier volet de son triptyque consacré à la démocratie à la française, ou plutôt à « l’adémocratie ». Après le pétrole et le nucléaire, Nicolas Lambert chope dans son viseur l’industrie de l’armement et de la guerre. Vaste programme.

Avant de se lancer dans l’écriture de son spectacle, l’auteur-interprète a ingurgité quelques centaines de dossiers. « J’ai fait un gros boulot de documentation, j’ai dû probablement lire un ou deux mètres cubes de bouquins sur ce sujet. » Puis il est allé au charbon, sur le terrain : « J’ai effectué un certain nombre de reportages, suivi des conférences sur le désarmement, visité plusieurs salons d’armement, je suis allé voir comment on vend des armes... Des choses assez éprouvantes », reconnaît-il, accablé rien qu’au souvenir de sa plongée dans cet univers mortifère.

Un long exercice d’investigation, donc (il lui aura fallu près de dix ans pour finaliser sa trilogie), qu’il a mené, poussé d’abord par le désir de comprendre un peu mieux ce qui semble être une spécificité française, le rapport au pétrole, au nucléaire, à l’armement ensuite, par la volonté d’informer sans déformer.

… à la scène

Sur scène se succèdent hommes d’État, d’affaires, de l’ombre, défilent interviews, reportages, témoignages. Tout est vrai, c’est sidérant. Nicolas Lambert, comédien protéiforme, incarne tous les personnages, endosse tous les rôles. Le Maniement des larmes interroge sur les liens entre politiques, financiers et groupes médiatiques. 

Quels sont les messages-mensonges divulgués aux citoyens, aux électeurs ? Il sera aussi question des « grandes oreilles » dont sont dotés les services de sécurité. « Je parle d’une des armes dont nous disposons, les écoutes, et d’une des lois les plus effrayantes qu’on ait vu passer : la loi sur le renseignement. L’actualité s’infiltre dans le spectacle de Nicolas Lambert : publiée au Journal officiel le 3 octobre, la loi sur le renseignement vient d’entrer en vigueur.

Rire aux larmes

“Je suis censé faire des spectacles rigolos, j’en ai fait mon boulot.”, commente l’artiste, qui n’ignore pas que le rire est une arme redoutable. Et c’est une de ses performances : avec des thèmes aussi austères, voire rébarbatifs, il réussit à faire rire aux larmes les spectateurs. Rire jaune quelquefois, certes, après avoir vu rouge. “Les représentants de notre État valident des choix qui sont ceux de dictatures. J’essaye de mettre ça en lumière, pour qu’on soit nous-mêmes un peu mieux armés pour comprendre les conséquences des décisions de ces gens-là. Et je propose au public de repartir avec des munitions.” 

Alors, puisque le rire est le propre de l’homme, rions : aux armes citoyens !

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© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert