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elf, la pompe Afrique
Par Olivier Languepin


Huit ans d’instruction, quatre mois d’audience, trente sept prévenus et des centaines de millions de francs détournés… Il a fallu beaucoup de courage et de patience à Nicolas Lambert pour se glisser parmi le public des audiences et expurger ce monstre juridique pour en tirer deux heures de théâtre.

Le Président : "Vous êtes donc trente sept prévenus à devoir répondre de nombreux chefs de poursuite au titre de l’enrichissement personnel, notamment de détournement de biens sociaux, abus de biens sociaux et recels."

NL : « Entre le théâtre et la justice, il y a des accointances : il y a une scène, une estrade, des gens qui y arrivent, des audiences qui ressemblent étonnamment à des scènes. »
Le Président : "Est-ce que toutes les opérations donnaient lieu à des versements de fonds occultes ?"

Alfred Sirven : "Mais il me semble que vous le savez mieux que moi, c’est la raison de ma présence ici."
NL : « On rigole au Tribunal parce que ces gens-là ont de l’humour – il n’y a pas de raison pour qu’ils n’en aient pas – et quand ils sont mis face à leurs contradictions et que le Juge le sait… Le président du Tribunal savait vraiment avec finesse dire aux gens qu’ils étaient en train de se foutre de sa gueule… »

Les dialogues sont authentiques, mais on a parfois du mal à le croire tant les accusés pris la main dans le sac font preuve d’une incroyable mauvaise foi pour esquiver les questions du tribunal

  • Le Président : "Avez-vous agi de votre propre initiative ou sur instruction ?"
  • Alfred Sirven : "Ces fonds, je ne me les envoie pas à moi-même, Monsieur le Président, je n'en ai pas le pouvoir." 
  • Le Président : "Alors qui les envoie ?" 
  • Alfred Sirven : "Ceux qui en ont le pouvoir." 
  • Le Président : "Qui ?" 
  • Alfred Sirven : "Mes supérieurs." 
  • Le Président : "Qui ?" 
  • Alfred Sirven : "Le Président."
  • Le Président : "Vous voulez dire M. Le Floch-Prigent ? "

NL : « On est face à des gens qui ne comprennent pas qu’on puisse leur reprocher de s’être servi du système et ils sont cohérents dans la mesure où ce ne sont pas les seuls à s’en être servi. Quand ils étaient à Gaz de France, à la SNCF, chez Alcatel etc… ils disent « mais je faisais la même chose ! Comment voulez vous avoir des contrats ? Comme ça ! »

Drôle et cruelle, la mise en scène de Nicolas Lambert a le mérite de rendre compréhensible un procès tentaculaire qui n’a malheureusement rien d’une fiction.

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert