Clarc Centre

Elf, la pompe Afrique
février 2007

Un procès à vivre, une virée du Parquet de justice aux planches de théâtre, un documentaire théâtral à déguster comme une bombe dans nos préjugés, ça vous dit ? Une rencontre avec Nicolas Lambert, auteur et comédien, et vous serez complètement séduit.

Elf, la pompe Afrique est une pièce que vous avez écrite suite aux 4 mois de "procès Elf" que vous avez suivi. Pourquoi avoir choisi ce procès et pas un autre ?
Nicolas Lambert :
Par hasard. Je devais suivre une formation sur le théâtre en Russie - eh oui un comédien doit toujours se former - et par manque d’inscrits ça ne s’est pas fait. J’avais un mois et demi devant moi, j’en ai profité pour suivre tout un tas de procès. Tous concernaient la politique. J’ai participé comme peut le faire un journaliste au procès Elf, et après plus de quatre mois d’audience, j’ai eu l’idée d’une fiction. Un tête-à-tête entre un gamin de banlieue et Loïk Le Floch-Prigent, tous deux dans une cellule, face au regard d’un gardien de prison. Finalement j’en ai fait une pièce qui est une sorte de documentaire théâtral.

Pourquoi cet attrait pour le procès politique ?
Nicolas Lambert :
Ce n’est pas tant le procès politique que le fonctionnement de la République qui m’intéresse. Pour reprendre quelqu’un que j’ai entendu l’autre jour à la radio : pourquoi celui qui tague les murs de la mairie se prend de la prison ferme et celui qui détourne des millions, rien ou pas grand-chose ? Et d’ailleurs pourquoi la prison, cette abomination ? Je me demande toujours comment on en arrive à emmurer des personnes vivantes… pourtant on a délaissé l’utilisation du supplice de la roue, on a arrêté de découper les gens en morceaux mais la prison est toujours en action… Comme quoi, on ne s’est pas encore débarrassé de tout.

Pourquoi avoir choisi de jouer cette pièce seul ?
Nicolas Lambert :
Il y a deux raisons à cela. La première est artistique. J’en étais à un stade où j’avais envie de voir ce que je pouvais faire seul. Du coup j’ai tout fait : la recherche, l’écriture, le jeu, l’affiche, le site Internet… Tout. La seconde est due à la forme documentaire. Comme j’ai suivi le procès, je voulais reproduire ce que j’avais vu, je savais exactement les gestes, les phrases, les tons de tous ceux qui étaient intervenus durant le procès. Pour traduire au mieux les audiences, j’ai préféré faire tout seul la dizaine de personnages de la pièce.

Est-ce une pièce drôle ou au contraire dramatique ?
Nicolas Lambert :
Je n’aime pas les étiquettes donc je me garderais bien d’en donner une mais je peux vous dire une chose : c’est une pièce très énervante. Ce qui se dit dans le procès est affligeant. Ça peut laisser un goût très amer en sortant de la pièce. Par contre ça donne envie de se battre. Mais c’est une pièce où l’on rit beaucoup aussi ! Elle se découpe en 4 audiences, 4 petites demi-heures ponctuées de musique. Il y a un entracte aussi. Oui, au final, c’est un spectacle qui fait rire.


© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert