Cultur'Afrique - Seydina Insa Wade

En harmonie
par Fatou K. SENE

À Bamako, à l’occasion du Festival “Théâtre des réalités”, le chanteur et guitariste sénégalais Seydina Insa Wade rythme les “suspensions d’audience” dans la pièce “Elf, la pompe Afrique”, de Nicolas Lambert. L’ancien contrebassiste de Rio Sextet est aussi acteur et auteur de musiques de films. Entre ces trois passions, qu’il exerce à Paris, le guitariste ne voit qu’une harmonie de l’art.


Aux Quartiers d'Orange, à Bamako, lors d'une “interruption d'audience” de la pièce de Nicolas Lambert.

En 1966, au Festival des Arts de Dakar, Seydina Insa Wade avait imposé un style controversé: le folk chanté en wolof. Depuis, il a fait voyager ses sonorités acoustiques sur la scène musicale mondiale. Dans le cadre de la Caravane des Réalités et du festival de théâtre éponyme, qui se tient à Bamako du 1er au 7 décembre 2008, l’ancien chanteur-guitariste du groupe Xalam épaule le comédien Nicolas Lambert dans le cadre de la pièce Elf, la pompe Afrique. Guitare en bandoulière, son éternel chapeau noir vissé sur la tête le musicien sénégalais joue sur scène lors des suspensions d’audience.

À travers ses notes de folk, il dénonce en wolof les relations biaisées entre la France et l’Afrique. Dans cette pièce engagée il instruit en musique le procès de la société pétrolière française, qui pompe l’or noir africain comme le moustique aspire le sang. Elf, la pompe Afrique, c’est, pour Seydina Insa Wade, la “bombe Africa”: “C’est une bombe pour le continent qui a débuté avec le Général de Gaulle, s’est poursuivie sous François Mitterrand et continue actuellement avec Nicolas Sarkozy”, constate-t-il.

Sa prestation sur les planches tout comme sa complicité avec Nicolas Lambert ont des précédents. Dès 1998, dans une comédie musicale enfantine qui mettait en évidence la fusion mélodique du musicien sénégalais avec la violoncelliste française Hélène Billard, le comédien français interprétait le rôle de la Bête. Auparavant, Seydina Insa Wade avait accompagné son compatriote, le conteur Makena Diop, dans ses prestations et travaillé en France avec le défunt pensionnaire de Sorano, Youssou Dione.

Mais c’est sur les plateaux de cinéma qu’a débuté la liaison du guitariste avec la comédie. Auteur de la musique de plusieurs réalisations, il a notamment signé, en 1974, la musique du film Xew Xew, du cinéaste Cheikh Gaïdo Bâ, dans lequel il tient d’ailleurs un rôle. Il en extrait un 45 Tours, Tablo Ferraye, qui marque le début de sa carrière solo.

L’interprète de Yoff (album sorti en 1985) estime qu’il est plus facile d’enregistrer un album que de créer une musique pour le cinéma ou le théâtre: “Dans ces cas, explique-t-il, on accompagne par des notes une histoire.” Même s’il n’y a pas de chant, il faut, ajoute l’instrumentiste, “entrer dans le scénario par les mélodies, les sensibilités”. Seydina Insa Wade a su faire rimer l’activité de musicien, de comédien et de compositeur: “On est toujours dans l’art; il y a une harmonie”.

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert