La Marseillaise

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Et les Shadoks pompaient…
par Denis Bonneville

Le spectacle écrit par Nicolas Lambert après avoir assisté assidûment au procès de Sirven, Le Floch-Prigent, Tarallo & Cie, dépasse, et de loin, le simple témoignage. Véritable œuvre théâtrale, portée par un auteur-comédien impitoyablement honnête, La pompe Afrique. Efficace et écoeurant.

D'ABORD l'entrée : ambiance bleu-blanc-rouge, quelques extraits radiophoniques évoquant l'ère coloniale, et un chant africain, histoire de ne pas oublier que, avant de se dérouler dans une salle d'audience, la vraie affaire Elf est bien au-delà de nos frontières, en Afrique donc, notamment le Gabon de Bongo, mais aussi les pays de l'Est, le Venezuela, on en passe...

Passant avec une aisance incroyable du rôle du président du tribunal, Michel Desplan - accoudé à un baril, scénographie aussi simple qu'efficace - à celui des accusés - le figé Floch-Prigent, le hâbleur Alfred Sirven, le cacochyme André Tarallo et l'inénarrable Dédé la sardine, pilote d'avion -, Nicolas Lambert peut rivaliser avec Caubère, dans les gimmicks, bien observés, comme dans le rythme, bien enlevé. On rit souvent, on est refroidi aussi sec. Les lapsus corruption/lobbying, la passion de Le Floch pour le jardinage, ses problèmes de coeur, jardinier, l'hôtel particulier de la rue de la Faisanderie, la propriété racheté à l'ami docteur golfeur de Mitterrand, la villa en Corse de Tarallo... : face à ces disputes de gamins à coups de millions, la o nausée " de Le Floch est contagieuse, heureusement dégoupillée par les " suspensions d'audience " dont s'occupent, à Marseille, les émouvants Seydina Insa Wade et Hélène Billard, dont la musique vient ici adoucir les mœurs.

Une Marseillaise en fond sonore, trois présidents en " petit-papas-colons " - De Gaulle, Mitterrand, Chirac-, ambiance bleu-blanc-rouge. C'est fini ? Pas vraiment. Dans un épilogue qui glace le sang, le malicieux trublion donne l'estocade, et parle des suites, la mort de Sirven,, les dessous de l'opération " nettoyage " de Jaffré et son o golden parachute " qui dépasse le montant des profits additionnés des trois pilleurs, sans passer par la case prison... Écœurant, tout simplement. Et intelligent, surtout.

Retour à l'Afrique, et au vrai procès Elf, celui qui n'a jamais eu lieu, celui de la dépossession, du cynisme, de la vente d'armes La boucle est bouclée dans un dernier chant, en direct cette fois, comme un dernier frisson d'espoir, même si, pour Nicolas Lambert, " l'état de santé de la République me fait de plus en plus penser à celui de Sirven ". Espoir ? Et on espère que, après ces trois soirées à l'Exodus, qui affiche quasi-complet et pourrait, ce soir, refuser du monde, Marseille accueillera à nouveau, ici ou là, cette bombe théâtrale et citoyenne, "financée à 100% par le détournement des fonds des annexes 8 et 10 des Assedic ". Pompe à fric, d'Elf au Medef, les combats se rejoignent...

Denis BONNEVILLE

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert