La Nouvelle République

la_nouvelle_republique_du_cent logo

L'homme de la semaine
par Éric BERBUDEAU

Le procès d'une pompe à fric raconté par un comédien citoyen.

La quinzaine de la Solidarité internationale débute très fort, avec un spectacle jubilatoire. Avec humour, Nicolas Lambert nous plongera au coeur du procès Elf...

Avec un bidon pour tout décor, le comédien Nicolas Lambert sera lundi soir sur la scène du théâtre de Bressuire, pour livrer un spectacle citoyen qui raconte, avec humour, le procès Elf : « En tant que citoyen lambda, je croyais à la décolonisation. Et je ne pensais pas que ce procès serait autant édifiant, que nous aurions autant d'éléments condensés sur ce système de pillage de l'Afrique. »

Un seul acteur et toute une galerie de personnages, juste un bidon Elf pour décor et le violoncelle d'Hélène Billard pour ponctuer les suspensions de séances. Si la mise en scène de «elf, la pompe Afrique » est minimaliste, le contenu est ense. Le comédien Nicolas ambert a assisté au procès Elf, ris des notes, et désormais il le iit revivre sur scène. Et c'est ce spectacle qui marquera, lundi, le début de la quinzaine de la solirarité internationale.

Mais comment Nicolas Lambert en est-il arrivé à concevoir ce spectacle citoyen, sous la forme rare du théâtre-documentaire ? « Peu de temps avant, j'avais fait un travail artistico-radiophonique sur la prison, cette monstruosité, qui m'avait conduit à aller voir de l'intérieur comment ça fonctionne... Assez naturellement, après, j'ai eu envie d'aller voir comment ça se passe en amont : comment on envoie des gens en prison. Donc au palais de justice. Et au moment où j'ai eu le temps de faire ça, ça coïncidait avec ce qu'on a appelé le procès Elf qui commençait... »

Avec détermination, le comédien a voulu assister à ce procès: « Le premier jour, je me suis fait virer, car il n'y avait plus de place sur les bancs du public. Mais ensuite, avec un certain aplomb, j'ai dit aux gendarmes qui gardaient l'entrée que je faisais partie de la presse, car il restait des places libres sur les bancs des journalistes... » Ainsi, de mars à juillet 2003, il a pris des notes, s'est imprégné de l'ambiance, a relevé les attitudes et intonations des prévenus.

Le pillage organisé et autorisé des ressources du continent africain.

L'idée d'en faire un spectacle est venue progressivement : « Au départ, je ne savais pas ce que ça donnerait. Mais finalement, le manque d'échos à travers le système médiatique m'a semblé énorme. Il y avait là quelque chose qui se jouait de fondamental pour l'existence de la République, qui n'apparaissait que de manière caricatural dans les médias... »

Aujourd'hui, quand les banlieues s'embrasent, Nicolas Lambert pense qu'il y a un lien entre Elf et cette insurrection des quartiers : « On ne peut s'étonner si on prend un prisme qui est le mien : l'absence de reconnaissance pour ces populations issues de notre histoire coloniale. Or le système Elf est apparu clairement, dans la bouche des gens responsables, comme le système mis en place parle général de Gaulle au début de la Vème République pour maintenir l'action de la France dans ses anciennes colonies sous l'apparence d'une société... Le président d'Elf lui-même, Loïc Le Floch-Prigent, l'a reconnu au tribunal ou dans ses livres en disant que le président d'Elf était ministre-bis de la coopération, pour maintenir l’Algérie et les « Rois Nègres » dans l'orbite française par le biais du pétrole... »

Cette ingérence politique par l'économie, ce spectacle en décrit les rouages, tout comme il met en lumières les mécanismes de la pompe à fric. Un pillage organisé et autorisé des ressources d'un continent. Incarnant tour à tour les protagonistes de ce dossier (Loïc Le Floch-Prigent, Alfred Sirven, André Tarallo, etc.), l'acteur montre comment ces hommes ont profité du système.

En faisant ça, Nicolas Lambert espère susciter une salutaire indignation : « En France, ces choses existent et ne font pas l'objet d'une remise en cause, alors que dans d'autres pays ça se fait. Lors du procès du Watergate aux États-Unis les caméras tournaient et transmettaient le procès sept heures par jour ! Les différentes actions « Mains propres » en Italie, qui concernaient des sommes moins importantes, furent également très médiatisées. Mais en France, les journalistes en parlent, parfois de manières anecdotiques, sans remettre en cause un système qui parasite les missions de la République... On l'a vu récemment avec le procès des marchés publics d'Île-de-France. Peut-être parce que nous sommes dans un pays où les contre-pouvoirs puissants n'existent plus, où les médias appartiennent à des grands groupes industriels, des marchands d'arme, d'eau ou de béton... »

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert