La Voix du Nord

Affaire noire et gluante ... comme le pétrole
par S.R.

Dire que le théâtre et la justice sont liés est devenu une évidence. Corneille (pas le chanteur) avait fait des études de droit. Molière aussi. La pièce de Nicolas Lambert, Elf, la pompe Afrique, le démontre une fois encore. Joué samedi soir au Gymnase devant près de 250 personnes, ce spectacle est une lecture de presque trois heures (entractes compris) du procès Elf. Bien qu’elle repose entièrement sur le réel, la pièce fait rire à de nombreuses reprises le public.

Les personnages semblent tout droit sortis de chez Molière (encore lui). Caricaturaux, en permanence dans la démesure, les André Tarallo, Alfred Sirven et autres Loïk Le Floch-Prigent sont de véritables personnages de comédie. Pour résumer l’intrigue, puisqu’intrigue il y a, les trois personnes précitées, ainsi que 34 autres, doivent répondre devant la justice de détournements de sommes astronomiques au sein du groupe pétrolier Elf. Cet argent a servi à alimenter une caisse noire. Et avec cette dernière de nombreux partis politiques seront copieusement arrosés. Nicolas Lambert, seul en scène, donne vie à chacun des personnages. C’est un peu le bon (le juge), le brut (le pétrole) et les truands.

Tarallo ponctue sans arrêt ses réponses par un «voilà» qui plonge le public dans l’hilarité. Le Floch joue les naïfs et les victimes d’un système qu’il prétend n’avoir pu contrôler. Quant à Sirven, il accable l’ancien PDG d’Elf. «Le Floch ne pouvait pas ne pas être au courant de cette caisse. Ou alors la Terre est carrée.»

Nicolas Lambert a assisté à quatre mois de procès. Au terme de son caustique Elf, la pompe Afrique – un peu longuet quand même – on est songeur. Les caricatures sont à la mesure des sommes extorquées: énormes. Et si tout était vrai? Le problème, c’est que c’est le cas.

S.R.

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert