Le Courrier de l'Ouest

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Réflexion citoyenne
par Eric ALBERT

Le comédien Nicolas Lambert a ouvert hier soir, au théâtre; la Quinzaine de la solidarité. Inspirée du procès Elf, sa « Pompe Afrique » invite à la réflexion citoyenne.

Un « crime contre l'humanité, contre l’Afrique ». Nicolas Lambert ne mâche pas ses mots en évoquant l'affaire Elf, dont le procès a inspiré sa pièce « elf, la Pompe Afrique », en tournée dans toute la France depuis plus d'un an et présentée hier au théâtre de Bressuire, en ouverture de la Quinzaine de la solidarité.

La colonisation. Pourtant, en théâtralisant cette affaire de corruption, le comédien, également homme de radio, n'a pas voulu refaire le procès, mais bien amener à une réflexion citoyenne, explorant aussi le côté humain des prévenus. « Ce procès a permis de m'éclairer sur la colonisation. J'ai compris un certain nombre de choses. Esclaves de la colonisation, les populations de ces pays d'Afrique sont pauvres parce que nous sommes riches. Nous avons profité de leurs richesses et laissé ces êtres humains dans uneprécarité évidente. Aujourd'hui je ressens une grande fraternité avec les gens qui se font abattre en ce moment aux portes de l'Europe », souligne Nicolas Lambert, faisant ainsi référence à la réponse donnée aux milliers d'immigrés qui se présentent à la frontière du Maroc et de l'Espagne.

La monstruosité des prisons. Né sur les bancs d'un tribunal, celui du procès Elf, « elf, la Pompe Afrique » constitue une belle leçon d'humanité. « j'avais préalablement découvert la monstruosité des prisons, outils de destruction, et je voulais savoir ce qui conduit un tribunal à mettre des gens derrière les barreaux. L'affaire Elf étant d'actualité, j'ai saisi l'opportunité. Refoulé le premier jour faute de place dans le public, je me suis glissé dans les rangs des journalistes afin de suivre les débats. Je pensais au départ que ce dossier pouvait offrir un sujet pour la radio, avant de comprendre qu'il méritait une scène », confie le comédien, rappelant au passage que le théâtre est un vieux média.

La possibilité de dire « non ! ». Ainsi est née « elf, la pompe Afrique », synthèse théâtralisée d'un procès retentissant et cependant méconnu. Après plus de 200 représentations et la venue de milliers de spectateurs, la tournée suscite toujours autant de curiosité. « Je pense que les gens ne viennent pas assister pour le simple plaisir du divertissement. Les discussions d'après spectacles, parfois interminables en témoignent. Je ne refais pas l'affaire; je propose une approche associant spectacle et réflexion. Le pétrole, comme l'eau, est un bien public. Ceux qui ont dilapidé cette richesse ont commis un crime contre l'humanité, contre l’Afrique. Ces gens, comme nous, ont eu à un moment ou un autre la possibilité de dire « non ! ». On peut tous être en devoir de rendre des comptes et j'aimerais que la pièce donne deux ou trois outils à chacun pour mener sa propre réflexion», termine le comédien.

Eric ALBERT

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert