Le Télégramme de Brest

Logo_LeTelegramme

Le procès Elf sous les feux de la rampe 

Or noir, argent sale, hommes de main, dirigeants corrompus, procès fleuve... l'affaire Elf, réunissait tous les ingrédients pour réaliser un bon « polar » cinématographique. Nicolas Lambert, comédien et auteur, a choisi d'en faire un documentaire théâtral, intitulé « Elf, la pompe Afrique ». Un spectacle singulier qui restitue une lecture claire d'un procès exceptionnel et fait un réquisitoire impitoyable contre le « colonialisme pétrolier français ».

Samedi soir, les 400 spectateurs du Carré Magique se sont donc retrouvés transportés comme par enchantement, dans une salle d'audience, pour une véritable plongée dans l'affaire Elf. Juge, procureur, avocat, prévenus, sonnerie... On s'y croirait ! Pendant deux heures trente, Nicolas Lambert, qui a assisté aux quatre mois du procès, nous offre sur un plateau d'argent, les vrais propos tenus par les protagonistes. L'acteur incarne à lui seul, tous les personnages, dont les principaux prévenus Loïk Le Floch-Prigent, dans le rôle du repenti à la mauvaise fois désarmante, M. Tarallo, dans celui de la victime consentante, Alfred Sirven, débonnaire malgré toute son arrogance, sans oublier le « tout-puissant » André Guelfi.
Les personnages aux mimiques caricaturales défilent à la barre. On finit par rire de leur mauvaise fois inébranlable. Malgré les graves chefs d'inculpation (détournement de biens sociaux, recel aggravé, etc.) qui pèsent sur eux, Nicolas Lambert réussit à les rendre presque sympathiques.

L'accent de la vérité Et alors ! Ce qui compte c'est qu'on ne décroche jamais d'un texte déclamé dans tous les accents, en particulier, celui de la vérité. De sordides magouilles en escroquerie notoire, situées au niveau les plus hauts de l'Etat, Nicolas Lambert capte l'attention du spectateur qui, après deux heures trente d'un spectacle, drôle et captivant à la fois, a l'impression d'en ressortir un peu plus intelligent, et clairvoyant, et d'avoir enfin tout compris sur cet imbroglio politico-juridique, grand scandale politico-financier, de la République.

Le comble de l'histoire c'est que ce sont les hommes qui ont été jugés à la demande d'Elf. Et non pas un système, qui n'est pas simplement une compagnie pétrolière, mais carrément une démocratie parallèle, destinée à garder une emprise sur les pays africains en y installant des dictatures », a commenté Nicolas Lambert, avant de saluer dans une dernière pirouette.
Au delà des turpitudes du pouvoir, la voix de l’Afrique s'élève aussi dans ce procès-spectacle, à travers les chants traditionnels, interprétés par Hélène Billard, au violoncelle, et Seydina Insa Wade, au chant.


© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert