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Un indispensable spectacle citoyen
par Christophe Ayad

Vous n'aviez rien compris à l'affaire Elf ? L'interminable procès, de mars à juillet 2003, vous a laissé perplexe? Allez voir "Elf, la pompe Afrique", un spectacle écrit, mis en scène et interprété par Nicolas Lambert. Un spectacle (d)éton(n)ant inspiré du procès Elf: les prochaines dates Paris, en février, et province sont consultables sur ici. A la manière de Philippe Caubère, Nicolas Lambert interprète tous les personnages: le président du tribunal, Michel Desplan, le PDG Loïk Le Floch-Prigent, durant la présidence duquel, de 1989 à 1993, ont eu lieu toutes les turpitudes de la caisse noire de la République, les hommes de l'ombre Alfred Sirven et André Guelfi, le Monsieur Afrique André Tarallo… C'est drôle, percutant et lumineux.

Le plus étonnant, dans ce spectacle, est que tous les dialogues sont tirés des compte rendus du procès, auquel Nicolas Lambert a assisté en se faisant passer pour un journaliste. Le montage des extraits est particulièrement pédagogique et l'on finit par comprendre l'ampleur du scandale – la compagnie pétrolière française poursuivait 37 prévenus pour abus de biens sociaux – mais aussi les limites de ce grand déballage. Derrière les hommes, c'est le fonctionnement de la République française qui est en procès: son fleuron énergétique n'est qu'un jouet, un porte-monnaie aux mains de ceux qui la dirigent et se servent bien plus qu'ils ne la servent. Ils invoquent une mystérieuse "raison d'Etat" pour justifier leur pillage. L'Afrique (le Congo-Brazzaville et le Gabon, surtout, les deux mamelles d'Elf dans le golfe de Guinée) n'est qu'un décor, un coffre-fort ouvert.

Le décor est simplissime, raide comme la justice: un baril sert de pupitre au président du tribunal Au fond, les portraits présidentiels de De Gaulle, Mitterrand et Chirac veillent. Lors de suspensions d’audiences, des intermèdes musicaux et engagés offrent un contrepoint réjouissant. Tout à la fin retentit une ironique Marseillaise. Nicolas Lambert vient alors sur scène délivrer sa morale de l'histoire. Si des individus ont été condamnés, le système – celui du financement des partis politiques – a été épargné. Depuis, fait aussi remarquer le comédien, Philippe Jaffré, dernier PDG d'Elf avant l'OPA de Total, a touché comme indemnité de départ ("parachute en or" en novlangue business) autant que Le Floch-Prigent, Sirven, Guelfi et Tarallo réunis. En toute légalité…

Christophe Ayad

Elf la pompe Afrique


© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert