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Elf, La pompe Afrique : le procès théâtralisé !
Par Camille Hispard

Seul en scène, Nicolas Lambert retrace les grandes heures d’un procès qui fut l’un des plus gros scandales politico-financier de la Vème République

Après avoir assisté durant quatre mois au procès Elf, le metteur en scène et comédien Nicolas Lambert décide d’ouvrir les portes et les yeux au public en incarnant tous les protagonistes de cette affaire.

Muni d’un bidon en guise de barre de tribunal, il passe d’une figure à l’autre, de Loïk Le Floch-Prigent à Alfred Sirven d’un déplacement saccadé, indiquant le changement de personnage. Il adopte avec précision les gestuelles parfois hilarantes de ces accusés qui sont à la fois victimes et acteurs d’une machinerie puissante qui s'en réfère aux hautes sphères de l'Etat français. Nicolas Lambert ne singe pas, il incarne ; se courbant, vieillissant et se tenant les genoux bringuebalants pour prendre les traits d’André Tarallo ou en empruntant le ton désabusé de Le Floch-Prigent avec une justesse de jeu fascinante. Le comédien utilise les différentes facettes de son visage pour tordre, façonner les figures de ce procès emblématique.

Ce premier volet de la trilogie Elf imaginé par Nicolas Lambert qui a noté consciencieusement tous les propos du procès, recontextualise cette massive affaire de corruption qui met en cause plusieurs politiciens et qui marque l’héritage d’une politique, instaurée par De Gaulle puis ces successeurs, qui cache de nombreuses parts d’ombre. A travers les témoignages des dirigeants d’Elf, on perçoit que cette entreprise a été créée comme une soupape de protection visant à garder une main-mise sur les pays africains en « arrosant » les dirigeants et parfois les dictatures. C’est tout un système, indéboulonnable et nauséabond que nous invite à découvrir Nicolas Lambert. Il lève le voile sur un monde donc on connait l’existence mais dont on n'ose pas imaginer la réalité.

Alors que des affaires similaires affluent dans la presse actuelle, il retrace la genèse de ces méthodes françaises dont le sillon Elf reste un exemple. La pièce est entrecoupée par des morceaux de violoncelle comme des pauses salvatrices entre les séances durant lesquelles on peut entendre une Marseillaise déstructurée comme ces coups portés à la République.

Le jeu est soutenu, haletant, on entre comme dans un thriller complexe et passionnant. Il y a quelques longueurs dues à l’austérité du propos et au huis clos en solo. Nicolas Lambert sort parfois de son rôle pour apporter son expérience du procès, ses lumières sur la situation et sur la façon dont il l’a vécu. Ces apartés ajoutent un peu plus de réalisme à ce fascinant procès théâtral qui se joue devant nous.

On ressort de Elf, la pompe Afrique, concernés et estomaqués par la qualité de jeu de ce seul en scène nerveux et brillant. Foncez au Grand Parquet, 35 Rue d'Aubervilliers dans le 18ème arrondissement voir cette création de la compagnie Un Pas de Côté le jeudi et le samedi à 20h45, du 26 septembre au 2 novembre !

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert