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Théâtre : Nicolas Lambert, du pétrole et des idées

Peut-on aborder au théâtre des sujets d’actualité ? Voilà l’un des défis relevés par Elf, la pompe Afrique et Avenir Radieux, une fission française, deux spectacles dans lesquels Nicolas Lambert se saisit du théâtre pour aborder les politiques énergétiques françaises.
Par Caroline Châtelet - Regards 19/02/2014

 Un projet au long cours qui remonte, comme l’explique le comédien, auteur et metteur en scène, à 2003, soit au lendemain du mouvement de grève des intermittents : « Déjà, à l’époque, on trouvait que les intermittents coûtaient très chers à la société. Il m’a alors semblé pertinent de voir comment celle-ci fonctionnait, et je me suis intéressé aux différents financements de la vie politique française. »

S’improvisant spectateur de divers procès, d’Alain Juppé aux emplois fictifs du RPR, Nicolas Lambert découvre au fil des affaires et des audiences que « le pétrole, le nucléaire, l’armement, sont récurrents dans ces histoires ». De là naît l’idée de Bleu-Blanc-Rouge, trilogie dont chaque facette s’attacherait à l’un de ces trois thèmes. Et tandis qu’Elf, la pompe Afrique, créé en 2004, retrace les grandes étapes du fameux procès, Avenir Radieux, une fission française (2011) explore la politique nucléaire de la France sous la Cinquième république. En attendant le troisième volet sur l’armement, prévu pour la fin 2014

« S’occuper de la politique »

Ce qui fascine, à la découverte de ces spectacles, c’est autant la richesse de leur propos que leur cohérence et force formelles. Ne cédant en rien sur la forme, Nicolas Lambert rappelle, au contraire, l’importance du plateau. « Le but du jeu, c’est de dire qu’avec des matériaux nous concernant directement, il est possible de faire du théâtre. » Structure classique avec unité de lieu, de temps et d’action pour Elf, la pompe Afrique, canevas complexe déroulant les étapes de la "nucléarisation" de la France pour Avenir Radieux, une fission française : Lambert invente pour chaque opus un objet de plateau. Seul en scène accompagné d’un musicien, le comédien campe tous les protagonistes – une dizaine pour Elf, une vingtaine pour Avenir radieux – sans jamais forcer le trait, soucieux de « caractériser sans caricaturer. Il ne s’agit ni de créer des personnages, ni de les stigmatiser, mais de les restituer. »

Plutôt que de nuire à la compréhension du propos, les choix scéniques (comme la vidéo dans Avenir radieux) participent de l’articulation de l’ensemble, tantôt révélant les ambiguïtés de discours, tantôt soulignant les hypocrisies politiques. Le résultat est un théâtre captivant qui, en rendant limpide des histoires nébuleuses, nous interroge sur les dysfonctionnements de notre démocratie et la place laissée au débat public. Sans aucune position de surplomb, le théâtre demeurant pour Lambert un moyen « de s’occuper de la politique » et un outil pour saisir notre société. « J’ai besoin de comprendre le monde dans lequel nous sommes et dans les temps que nous traversons, ce travail me semble nécessaire à cette compréhension. » Difficile de le contredire...

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert