Rue89 : Au théâtre ce soir

Denis Robert, Jacques Vergès et l'affaire Elf
par Augustin Scalbert

Hasard du calendrier, trois spectacles sur la justice se retrouvent au théâtre : Denis Robert et « Bankenstein », Jacques Vergès et sa carrière d'avocat théâtralisée. Et l'extraordinaire « Elf, la pompe Afrique », dans laquelle le comédien Nicolas Lambert joue plusieurs protagonistes du procès.

L'avocat mondial Jacques Vergès qui se livre dans « un monologue théâtral aux allures d'autoprocès ». C'est le thème de « Serial plaideur », qui replace la théâtralité de la justice à l'échelle de l'humanité, en convoquant Jack l'Eventreur, Sophocle ou Jeanne d'Arc. A voir au théâtre du Rond-Point et bientôt à celui de la Madeleine, à Paris.

Mais l'avocat de Carlos et de Klaus Barbie n'est pas le seul habitué des prétoires à retrouver sur les planches. Sur la scène du même Rond-Point, c'est Denis Robert qu'on retrouve, qui a mis une cravate pour la première fois de sa vie.

Cet automne, le journaliste et écrivain racontait l'affaire Clearstream . Ou comment il est devenu « Bankenstein ». Comment « Batrobert » s'est battu pendant dix ans sur le front judiciaire.

A l'époque, le néo-comédien ignorait que la Cour de cassation, la plus haute instance judiciaire française, blanchirait son enquête, dans un arrêt rendu début février.

« Bankenstein, Batrobert, le cauchemar des banquiers »

Extraits de son monologue, diffusé en ce moment (en 20 épisodes, un par semaine) sur le site du théâtre du Rond-Point :

« J'accomplis ce qu'ils ont voulu faire de moi. Ils ont voulu faire de moi un personnage de fiction. Et donc voilà, c'est réussi, je ne suis pas réel. […] Bankenstein, Batrobert, le cauchemar des banquiers. […] Quand je pense à lui, je me dis que sa vie doit être vraiment compliquée et que je n'aimerais pas être à sa place. Le seul problème, c'est que Denis Robert, c'est moi.»

Nicolas Lambert, lui, n'est pas journaliste, il est comédien. C'est pourtant un travail de chroniqueur judiciaire qu'il a effectué en suivant le procès de l'affaire Elf : il a suivi toutes les audiences et noté scrupuleusement les propos des prévenus, les taiseux ou truculents Loïk Le Floch-Prigent, Alfred Sirven, André Tarallo, André Guelfi…

Créé en 2004, son spectacle « Elf, la pompe Afrique » a connu un succès phénoménal. Il le reprend jusqu'au 3 avril au théâtre parisien du Grand Parquet, avant de créer le deuxième volet de sa trilogie « Bleu Blanc Rouge », « Avenir radieux », consacré au nucléaire, le 26 avril (le troisième portera sur l'armement).

Les personnages du procès Elf joués par un seul comédien

Là aussi, une affaire est entièrement transposée sur une scène. Par le biais du jeu, et pas de la narration. Le texte est un petit peu allégé par rapport à la version de 2004. Mais tout y est : le culot des prévenus, leur humour (volontaire ou non), leurs tics de langage.

Seul comédien sur scène, derrière un baril de pétrole, Nicolas Lambert joue tous les rôles. Les répliques sont authentiques. C'est comme si on était à l'audience. (Voir la bande-annonce)

Résumer l'affaire Elf en pièce de théâtre pourrait paraître ardu. Dans le spectacle de Lambert, on ne s'embête pas une seconde. En deux heures, il vit ses personnages, et replace l'affaire Elf dans son contexte, celui de la Françafrique et d'une justice soumise aux pressions du pouvoir politique.

Augustin Scalbert

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert