Télérama

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France Ô - Théâtre : elf, la pompe Afrique
par Erwan Desplanques 

Il est rare qu'un artiste mette autant les mains dans le cambouis. Metteur en scène et comédien, Nicolas Lambert s'est plongé dans l'affaire Elf (300 millions d'euros détour­nés par la direction de la société entre 1989 et 1993, au profit de dirigeants africains ou de partis politiques français) dont il tire l'essence de son spectacle hybride, à mi-chemin entre le one-man-show et le journalisme. 

En 2003, l'acteur a suivi pendant quatre mois le procès en se faisant passer pour un chroniqueur judiciaire.

Depuis 2006, il en restitue sur scène les meilleurs moments, jouant seul le rôle des différents prévenus, reproduisant leur phrasé, les citant au mot près, dans une reconstitution un peu aride de procès qui est moins une parodie qu'un édifiant résumé (doublé d'une prouesse d'acteur).

Ils semblent tous être là, à la barre, symbolisée par un baril - André Tarallo, ex-« monsieur Afrique » d'Elf, le pdg Loïk Le Floch-Prigent, le directeur des affaires générales Alfred Sirven -, reconnaissant avoir pioché dans des caisses noires, mais chacun se renvoyant la balle (attention, ça tache) et pointant in fine la responsabilité de l'Etat.

Capté (en mars 2011) au Grand Parquet, à Paris, ce spectacle inaugure une trilogie militante (Bleu-Blanc-Rouge), dont le deuxième volet, Avenir radieux, une fission française, dézingue ces jours-ci, avec un sens parfait du timing, les mensonges d'Etat sur l'énergie nucléaire.

Erwan Desplanques  Télérama n° 3199

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert