WalFadjiri (Sénégal)

Le procès du ‘colonialisme pétrolier’ 
par Fatou K. SENE

Le comédien français, Nicolas Lambert a présenté, vendredi au Centre culturel Blaise Senghor, la pièce Elf, la pompe Afrique : un procès de la nébuleuse Françafrique sous couvert de celui des dirigeants de la compagnie pétrolière.

En deux heures, Nicolas Lambert revient sur l’un des procès les plus retentissants de ces dernières années. Quatre ans après l’Affaire ‘Elf’, le comédien reprend l’intégralité des audiences sous forme de documentaire théâtral. L’affaire se penche sur le rôle joué par trois anciens dirigeants de la compagnie pétrolière française et principaux commanditaires des transferts des fonds occultes.

Sur scène, Lambert interprète le rôle joué par chacun d’eux dans cette nébuleuse. Le Pdg, Loïk Le Floch-Prigent est accusé d'abus de biens sociaux équivalents à plusieurs milliards. Ce ‘ministre bis de la coopération française’ est le plus serein parmi les trois. Aux interpellations du juge, il oppose son ignorance des transferts occultes pourtant opérés sous son magistère. Son bras droit, Alfred Sirven est le noyau de cette ‘mafia française’. Placé au cœur du ‘système de caisses noires mises en place par le groupe’, l’ancien directeur des affaires générales d'Elf est également poursuivi pour recel et abus de biens sociaux. Sirven, énervé, est le plus agité. Toujours sur la défensive, il réfute tous les faits qui lui sont reprochés. Quant à André Tarallo, le ‘Monsieur Afrique’ du groupe, il est incriminé pour enrichissement personnel sur le dos d’Elf. Vieux, il courbe l’échine sous le poids de l’âge, à seulement 67 ans. Tous se sont servis du ‘magot’ pour s’enrichir et financer des partis politiques français.

Le procès se déroule sous le regard de trois présidents français dont les portraits meublent la salle d’audience : le Général De Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac. Une façon de dire que le système opaque de versement de commissions se faisait avec leur onction tacite. Le procès ne dit pas le rôle joué par les chefs d’Etat africains dans cette affaire, même si le Gabonais Bongo et le Congolais Lissouba sont cités.

Dans une salle d’audience archicomble, le comédien replonge dans les méandres de la secrète Françafrique. Egal à lui-même dans ses différents rôles, Lambert sert un récit a la fois dépouillé, cynique et comique.

Meublant les entractes (suspensions d’audience), le musicien Seydina Insa Wade apporte sa touche à ce procès à charge. Pour lui ‘la pompe Elf est la bombe Africa’.

La pièce se termine par la Marseillaise. Lisant le procès-verbal final Nicolas Lambert souligne alors : ‘Tout est de la responsabilité de la France.’ Dakar est la deuxième étape africaine du comédien français, après Bénin en 2006. La pièce est présentée à Thiès, Kaolack et Tambacounda entre les 22 et 26 novembre.

Nicolas LAMBERT-comédien : ‘La pièce ne sera pas jouée dans les instituts français’

Pour avoir dénoncé le système français en Afrique, la pièce Elf, la pompe Afrique n’est pas soutenue par les autorités de l’Hexagone. ‘La pièce ne sera pas jouée dans les centres culturels français en Afrique’, a indiqué son auteur. Selon le comédien, les moyens limités dont il a bénéficié justifient la mise en scène très sobre et le choix d’un seul personnage pour interpréter tous les rôles. ‘S’il y avait d’autres comédiens, il serait difficile de les faire voyager et les prendre en charge’, a expliqué Lambert.

La représentation du Sénégal a été possible grâce à la ‘Caravane des réalités’, initiée dans le cadre du festival de théâtre des réalités de Bamako prévu du 1er au 7 décembre 2008.

Après plus de trois cents représentations en Europe, Elf la pompe Afrique n’a été joué qu’au Bénin et au Sénégal. Le Mali sera le troisième pays du continent à l’accueillir.


Nicolas Lambert ne jouera pas sa pièce dans les Centres culturels français

“Elf, la pompe Afrique” charge le système français. En réponse à cet engagement du comédien Nicolas Lambert, la pièce n’est pas soutenue par les autorités de l’Hexagone. La révélation en a été faite par l’auteur vendredi 21 novembre, à la fin de la représentation. C’est pourquoi, a-t-il affirmé devant le public venu assister à sa prestation au Centre culturel Blaise Senghor, “la pièce ne sera pas joué dans les Centres culturels français en Afrique”.

Le fait que le comédien joue successivement tous les personnages de la pièce s’explique, selon lui, par les moyens limités à sa disposition. “S’il y avait d’autres comédiens, il serait difficile pour moi de les faire voyager, de les prendre en charge…”, regrette Nicolas Lambert. Les représentations qui ont actuellement lieu au Sénégal sont rendues possibles grâce à la Caravane des Réalités, initiée dans le cadre du Festival “Théâtre des Réalités” de Bamako, dont la neuvième édition est prévue du 1er au 7 décembre 2008.

Après plus de trois cents prestations en Europe, “Elf, la pompe Afrique” n’a été jouée, en Afrique, qu’au Bénin et au Sénégal. Le Mali sera le troisième pays du continent à l’accueillir. Le spectacle incrimine aussi bien la France que l’Afrique, à travers ses chefs d’État. “On n’a pas besoin d’être en Afrique pour être choqué par les lois criminelles et le traitement inhumain subis pas les Africains qui empruntent les pirogues”, dénonce le comédien.


Par Fatou K. SENE

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert