La Lettre du SNES

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« Victoire, la fille du soldat inconnu »
par Micheline Rousselet

Naître à Paris le jour de la mort de son père à Verdun, le 14 juillet 1916, et être prénommée Victoire, à la demande d’une grand-mère bigote, plutôt réactionnaire et patriote, c’est un pied de nez à l’histoire. Mais avoir une maman suffragette, qui vous appelle Chourinette et vous apprend à être libre et en outre, une nounou concierge libertaire, cela vous prédispose à refuser d’imaginer Jeanne d’Arc raccommodant les chaussettes de Vercingétorix !

Sylvie Gravagna, en douze tableaux et quelques chapeaux nous conte avec beaucoup d’humour, la grande marche, toujours non terminée des femmes vers leur émancipation et l’égalité. Tantôt conteuse, faisant à l’occasion appel au public, tantôt chanteuse sur les chansons de Mireille et Jean Nohain plus quelques autres, elle nous fait traverser l’histoire, de la guerre de 1914 à Simone de Beauvoir, d’une société patriarcale, sexiste et coloniale à la société de consommation en passant par le Front Populaire. On peut regretter que Sylvie Gravagna n’ait pas davantage choisi d’orchestrer les morceaux qu’elle chante, mais ce n’est pas tous les jours que l’on peut s’offrir un manifeste féministe qui n’a rien d’un pensum. C’est enlevé, parfois caustique mais toujours juste, et souvent très drôle, 

Micheline Rousselet


© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert