L'Humanité

Histoire en-chantée des femmes  
Un regard féministe, caustique et juste sur une histoire de France pétrie de contradictions. À voir absolument.

Sylvie Gravagna a écrit et joue, au Théâtre de la Porte Saint-Michel, Victoire, la fille du soldat inconnu, une comédie savoureuse, qui fait revivre toute une société de femmes de l’entre-deux-guerres. 

Victoire Bayart, surnommée Chourinette, est la fille d’un soldat fauché par la Grande Guerre. Elle grandit à Paris, entourée d’une mère modiste et suffragette et d’une aïeule plutôt grenouille de bénitier. C’est l’enfant d’une France cocardière, patriarcale, sûre de régner toujours sur un vaste empire colonial. Chourinette admire Jeanne d’Arc et Vercingétorix, aime chanter dans les églises ou, sous les préaux, apprend l’histoire dans le Lavisse, une bible de l’école de la IIIe République qui vous transforme au détour d’une phrase la Commune de Paris en entreprise criminelle. En 1931, elle visite avec enthousiasme, comme six millions de Français, les zoos humains installés à Vincennes pour les besoins de l’Exposition coloniale. Les hasards de la vie, la fréquentation d’une concierge anarchiste, le Front populaire, l’Occupation, puis le coup de foudre pour un Noir américain dévient Chourinette du destin de bonne épouse française et d’employée docile qui lui était promis. 

Seule sur scène, avec une grande générosité et juste ce qu’il faut d’espièglerie, Sylvie Gravagna parvient à donner vie, par la magie de quelques costumes, à des personnages féminins drôles et attachants. Elle exhume tout un répertoire qu’on croirait écrit sur mesure pour les besoins du spectacle, des ritournelles de la propagande colonialiste aux chansons de Mireille ou de Jean Nohain. 

Un regard féministe, caustique et juste sur une histoire de France pétrie de contradictions. À voir absolument.

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert