Théâtre au vent / LeMonde.fr

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Une rose entière avec toutes ses épines
par Evelyne Trân

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Il y en a eu certainement beaucoup des filles de soldat inconnu. Celle dont Sylvie GRAVAGNA nous raconte le parcours, de sa naissance en 1916 jusqu’en 1949, date de la publication du 2ème sexe par Simone de BEAUVOIR,  porte le beau prénom de Victoire.

 Un parcours de randonnée en quelque sorte avec douze  tableaux, douze pancartes qui affichent  les événements qui ont marqué l’esprit de Victoire, fille de prolétaire née un 14 Juillet, le jour même de la mort de son père.

Victoire surnommée Chourinette n’a été élevée que par des femmes, une mère suffragiste, une grand-mère bigote et une nounou libertaire. La société était patriarcale, les patrons paternalistes, l’avortement était un crime, et les femmes n’avaient pas le droit de vote.

 En cent ans la condition féminine a beaucoup évolué mais nous n’imaginons pas  que ces bouleversements, nous les devons à des femmes, nos grand-mères ou arrière-grand-mères qui ont dû se bagarrer au jour le jour pour s’émanciper, obtenir de meilleurs salaires et surtout le droit de vote.

 L’intérêt de la mise en scène de Sylvie GRAVAGNA réside dans le fait qu’elle restitue le ressenti de femmes ordinaires à cette époque à travers cette Chourinette qui a  vécu quelques tremblements de terre de société.

 Toute une atmosphère qui transite par des chansons du répertoire de Jean NOHAIN et MIREILLE, chantées par  Sylvie GRAVAGNA, très simplement, comme si elle s’amusait avec l’histoire, ayant au coin de l’œil, toute la malice qu’elle a  recueillie de la bouche même de ces grand-mères  et « dont le loisir préféré  était d’aller manifester ».

Et l’on se dit que cela vaut le coup de vieillir, d’avoir des rides et de ne pas oublier sa blouse tachée par les souillures de l’histoire, la guerre, le colonialisme, le racisme, l’intolérance, car toutes ces taches forment l’essaim d’une mémoire collective toujours en devenir.

 Le spectacle de Sylvie GRAVAGNA qui secoue ces tabliers de grand-mères distille un charme peu ordinaire, offensif et plein de fraicheur. Victoire, Chourinette,  c’est une rose entière avec toutes ses épines, ma foi bien résistante du haut de ses cent ans, prenons en de la graine !

Evelyne Trân

© Un Pas de Côté 2017 - co-direction Sylvie Gravagna & Nicolas Lambert